Galerie La Petite Renarde Rusée

lundi 1 octobre 2012

Francis Duriez, Longtemps je me suis demandé

    Longtemps je me suis demandé si ce texte se terminerait dix jours après la naissance du springtime, ou vingt et un après celle de Brisavion.
    Ah ! Quel bel été se présente à nos espoirs de maturation et de plénitude béate ! La chute des corps ceints de l’esprit dans l’oubli des courbatures, dans la musique du vent et des feuilles.
  Mais que valent une blanche, une noire, une croche ? Je vous laisse soupirer sur l’éventuelle fuite fortuite qu’un délai appréciable suspendrait entre ces notes, comme entre les branches d’un arbre où, concoctés par Van Acken, s’engouffrent et nous éblouissent des mondes lumineux et délirants.
  Quels délices alors Alice ! En voilà une bonne bouffée d’oxygène ! Il paraît que ce gaz précieux et corrosif à la fois procure une incontrôlable hilarité. Nonobstant : comme tout excès nuit, l’angoisse, de l’autre côté du balancier, nous empêche de boiter.
  Vraiment ? Je n’en jetterais pas la main au feu, ni l’autre d’ailleurs, elles me sont trop précieuses ! Et puis, qui dit mains dit doigts. Mais dix mains dix doigts, phonétiquement cela fait cent doigts. Remarquez que phonétiquement encore, dix mains sans doigts, ça la fout mal, surtout quand le nez vous gratte. Quant à se gratter l’oreille avec le nez faute de doigts, il faudrait bénéficier de quelque passe-droit assez génétiquement tordu, autrement dit : avoir le bras long…
  Voilà à quoi peut ressembler un premier mois d’été pourri, si l’on ne prend pas les devants. Comme la fin juin sentait déjà le moisi, j’ai pris un billet pour l’Exopotamie où un chantier de jeunesse pour vieux cramoisis m’attendait. Arrivé dans le désert, Atanagore et sa bande m’accueillirent. Je pris logis dans cet hôtel si particulier, que vous connaissez bien et que traverse une voie ferrée et peut-être bien aussi une voix Ferré. Là pour la énième fois, j’entamai l’Automne à Pékin, histoire de prendre de l’avance, en écoutant en boucle « Sunny Afternoon… ».
  Pour se distraire, on pouvait louer un apprenti et, à cheval sur son dos, se balader dans le désert pour un centime de sou. Mais mon humanisme – « Madame la Misère, écoutez le tumulte que font vos gens, qui monte des bas-fonds ! » ruant dans les brancards, m’interdisait l’emploi de ce moyen locomobile barbare. En effet, comme rien n’est normal dans cette contrée, ces pauvres apprentis nourris chichement et assoiffés, tiraient une langue verte comme du cuivre oxydé. Spectacle pitoyable et répugnant.
  Un jour mon réveil sonna. C’était le signal, il fallait quitter l’Exopotamie, l’interne tueur de chaises, et toute la compagnie.
  De retour en métropole, je me reconnectai avec l’actualité : journaux, radios, télé, histoire de me tenir au jus des évènements. Je reçus en pleine poire une avalanche de nouvelles nauséabondes, commentées par un panel de multispécialitologues aussi gerbants et salivants les uns que les autres. C’était d’une telle débilité dont émanait une puanteur si tenace, que même en déchargeant tout un barillet de magnum 9 mm dans leurs supports, je dus garder plus d’une semaine, à califourchon sur mon nez, une pince-à-linge.


 




Texte paru dans L'Air du Temps, recueil collectif, juin 2012
 

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