Galerie La Petite Renarde Rusée

lundi 16 octobre 2017

"L'oiseau mécanique, prise 1", court-métrage par Julien Ferdinande (octobre 2017)




« L’oiseau mécanique, prise 1 » Court-métrage écrit, réalisé et monté par Julien Ferdinande. Assistance artistique : Jeremy Chayet. Avec Patricia Guilbert et Quentin Dangleterre. Genre : drame. Pitch : Léa et Séraphin, frère et sœur du même père, attendent dans une chambre d’hôtel d’aller à la cérémonie de mariage de leur père avec une troisième femme… les vieilles blessures se rouvrent. Notes : Ce court-métrage fait partie d’une série de projets cinématographiques réalisés durant l’été 2017. Comme pour ‘L’ami de Passage’, j’ai écrit ce court-métrage, spécifiquement pour ces deux acteurs, ici Patricia et Quentin. L’idée m’est venue aussitôt que ma voisine Blanche nous a prêté une de ses chambres dont le décor un peu désuet allait donner le ton atmosphérique au film. Le lieu ici est important car le film est un huis-clos. Ce qui m’intéresse ici, c’est la traversée émotionnelle de deux personnages dans un lieu fermé. Les deux personnages sont piégés et doivent trouver leur liberté, s’ils le peuvent. Nous n’avons eu que deux après-midis pour faire ce court-métrage. Une pour répéter et une autre (trois heures exactement) pour tourner. De plus, une erreur technique nous a empêchés d’avoir le son de la perche. J’aurais évidemment aimé refaire le tout mais ça n’a pas été possible. C’est pour ça que j’ai appelé ce court-métrage « L’oiseau mécanique, prise 1 », comme si nous allions en faire une autre prise, une autre version. Il y a ceci dit beaucoup de choses que j’aime dans cette version. Un peu comme un diamant encore brut, pas encore taillé. Un grand merci au label Cryo Chamber pour avoir autoriser l’utilisation de la chanson « Beautiful Coalesce » de Dead Melodies. https://cryochamber.bandcamp.com/ https://www.youtube.com/user/cryocham... Contact : julien.ferdinande@hotmail.fr

"L'ami de passage", court-métrage par Julien Ferdinande (octobre 2017)



« L’ami de passage » Court-métrage écrit, monté et filmé par Julien Ferdinande. Acteurs & aide artistique : Jeremy Chayet et Jean-Marc Deshuissard. Genre : drame. Pitch : deux copains de service militaire se retrouvent 25 ans plus tard. La vie n’a pas été la même pour les deux hommes… Notes de l’auteur : Ce court-métrage fait partie d’une série de projets cinématographiques réalisés durant l’été 2017. Jean-Marc et Jeremy ont été à mes côtés, soit en tant qu’acteurs ou techniciens, pour chacun de ces projets et je voulais monter rapidement un projet dans lequel ils pourraient jouer tous les deux. Après une après-midi de repérage dans les rues de la ville de Berck, je suis rentré chez moi avec l’idée de ce film et j’en ai écrit le scénario d’une traite. Nous avons tourné le film en totale indépendance en quelques après-midis. En réponse aux déconvenues sonores liées au bruit du vent incessant du bord de mer, j’ai opté ici pour une voix-off narrative, plutôt que des dialogues, ce qui m’a permis de trouver un ton bien précis pour l’histoire. Ici la réalité est sur mode « silencieux ». On n’entend que la voix intérieure d’un personnage arrivé en marge de la société. D’une certaine façon, ce film est un road movie, la dérive tragique de deux anciens copains dans une ville balnéaire. Un immense merci au label Cryo Chamber pour avoir autorisé l’utilisation de la chanson « Reunion » du groupe Atrium Carceri. https://cryochamber.bandcamp.com/ https://www.youtube.com/user/cryocham... Contact: julien.ferdinande@hotmail.fr

vendredi 11 août 2017

Au Pays des Sept Vallées (Artois), photos et texte de Dan Ferdinande



















































Il devrait y avoir 7 rivières mais je n’en vois que 6 sur cette carte. Et moi sur mon carnet j’en ai noté 9 l’an dernier. Recomptons. Bon alors, là c’est la Ternoise qui descend vers Hesdin. Ici à Fressin c’est la Planquette. C’est bête qu’ils aient changé son nom, je préférais la Chevrette. C’est que sa source est à Planques. Là c’est La Créquoise, elle part de Créquy. La vallée d’à côté, la plus jolie. Tiens, ici à Embry on devrait voir l’Embryenne. Bizarre on ne la voit pas en effet et pourtant elle coule dans le village. Rarement vu endroit plus humide, brrr ! Ensuite… Le Bras de Brosne qui passe à Aix-en-Issart. Et la Course qui se jette au pied de Montreuil-sur-mer. D’où la mer s’est retirée depuis…, attends, je vais voir sur internet… 7 siècles au moins. Et là regarde tout en bas de ces vallées c’est la Canche qui reçoit l’eau des 6 rivières et l’emporte vers la Manche à Étaples. Ce qui nous en fait bien sept. Ok ! mais juste un tout petit peu en-dessous il y a l’Authie en ligne de partage entre le Pas-de-Calais et la Picardie. Et un tout petit peu au-dessus, à Coupelle-Vieille, tu vois ici ? la Traxène. Elle rejoint la Lys qui va beaucoup plus loin grossir l’Escaut jusqu’à Anvers et la mer du Nord. Holà, ohhh ! tu t’égares là ! Je m’égare, je m’égare… c’est émouvant la source d’une rivière. Dans ce cas on peut aussi ajouter le Surgeon, à peine un peu plus haut, il en a 3 de sources lui. On en serait à 10 ! Maintenant voyons si on se souvient des sentiers qu’on a déjà pris. Autour de Fressin le sentier de la Chevrette. Mon chouchou. Puis le sentier de la Planquette à Cavron-Saint-Martin. Où tu as pointé maintes nuances de vert. Ah tu te souviens de ça ? On a aussi marché sur le sentier des Argilettes. Sur le sentier du Mont Caudron à partir de Rimboval. Celui-là tu ne l’oublies jamais avec Saint Wandrille perché sur la crête, ce hameau fantôme qui te fascine. Le sentier des Têtards à Torcy. Et son interminable voyette de frênes étêtés qui longe le Bois de Créquy. Puis… bon mieux vaut prendre les itinéraires des randonnées car on en oublierait. Voilà. Le sentier des Fréniaux, le sentier des Plaideurs, le sentier de la Neuvaine, le sentier des Prêtres… Et quelques autres encore. On marche dans les pas des personnages tragiques des romans de Bernanos, du jeune et malheureux curé de campagne et ses démons, de Mouchette la petite pauvresse qui finit sa vie dans l’eau noire d’un étang au fond d’un bois. Avec toute cette humidité, toute cette pluie à n’importe quelle saison on est aux antipodes des romans de Giono. C’est ce qui fait son charme à ce bout de terre.  Et c’est ce qui fait aussi qu’on ne rencontre jamais âme qui vive sur ses chemins l’été.
Déjà 19h00 ? ce ne serait pas l’heure d’un petit verre de Bergerac par hasard ? Je te sers ?







mardi 8 août 2017

Annie Wallois, Les Versets de la marche, parution Juillet 2017 (5 extraits)







Haleine


Pointer le jour dans un lent fondu enchaîné     surgir de cette latence     sous la friction d’un vigoureux matin     retrouver soulier à son pied     le liège de préférence au plomb qui pourtant se plie     chercher le chemin     que nul ne connaît       fortifier un grondement bourru en soi           prendre haleine au vent dans la ramure     s’avancer dans le demi-jour entrouvrant les forêts     sans merci pour le carabe sous la dalle du pied     s’abattre sur un lit de feuilles noircies     défaire ses humeurs     



Sang


Partir   tout de suite     la route bombe     le jour neuf te soulève     la lumière te presse     fait reluire ta peau     vite t’en aller muscler cette envie de t’affranchir du carcan     de te quitter     l’air a le goût sucré des prémices     le silence en ces minutes     prélude au défilé des heures     est ciselé de pépiements     partir avant le grondement du  train     faire le premier pas     celui qui brise     le sang sera bon conducteur des suivants     l’enfilade des pas ira d’elle-même     l’arrière-plan de la pensée reculera 




Souffle


Tu portes ton existence en bagage le long des sentiers     tu essuies une bruine de sueur au front     parfois un fruit blet tombe aux pieds déjà tuméfiés     bientôt une colonne d’arbre flanque tes chairs  palpitantes     mais de très loin là-bas monte le galop d’une foule qui laboure le sable     dans une lumière aveuglante     où les obstacles n’entravent la marche que de leur miroitement     ta vie funambule jusqu’alors tenue dans un halètement     se sent emportée dans la respiration universelle




Peaux


Peaux ravagées de ciel froid ou brûlées au plomb de l’été     visages cuivrés     dos tatoués d’étoiles     les exilés fendent l’air     obéissant à une faible lumière en eux     qui les mène là où ils ne  savent rien     passent les eaux     avancent en  houle sur la piste     vers les confins hérissés de barbelés     auxquels resteront suspendus des chiffons gris     floutés dans le brouillard     empalés sur les grillages     enserrant les territoires interdits     qu’ils s’acharnent à déplacer avec eux




Oreille


Loin devant les yeux fuit le tracé tortueux des chemins     la distance parcourue  pèse en kilomètres    se mesure au lest des heures dans la jambe     l’allure se relâche peu à peu jusqu’au dernier cran     tu puises de quoi poursuivre au plus secret de ta force     la butée d’un caillou serait un défi à la vie que l’exténuation entame     tu avances tête inclinée vers le sol     où se déploie la population des minuscules     et voilà que ton oreille se mouille de sons     mimant un vol d’insectes     une petite musique te sillonne     le corps aspiré s’allège





Versets de la marche, Annie Wallois
Paru en juillet 2017
aux Editions Henry
Collection La Main aux poètes
F 62170 Montreuil-sur-Mer
71 pages - 8€



mercredi 2 août 2017

Michel Valprémy, Journal 3, parution juillet 2017. Préface de François Huglo



Publié par les Editions Les Amis de Michel Valprémy, le Journal 3 (1985-1994) vient de paraître.*
Le Journal 1 (1965-1980) est paru en 2015, le Journal 2 (1980 - 1984) en 2016. 
Le Journal 4 paraîtra en 2018.









 Le Journal de L’appartement moutarde

 Parcourant, en mai 85, le Journal 84, Michel Valprémy écrivait : « Ça tient le coup, c’est peut-être ici qu’est mon meilleur. Qui le découvrira ? Qui, un jour, l’appréciera, le sauvera ? ». Ces deux questions plaident pour sa publication, et d’autres lignes, écrites en août 85 à propos du Journal de l’Abbé Mugnier, pour l’intégralité : « Un Journal doit être publié in extenso ou gardé dans les tiroirs. Qui a le pouvoir de décider d’une sélection ? Seul l’auteur a le droit de se défigurer ». Confirmation en janvier 93 : « Je regrette pour ma part que le fameux Journal soit délesté de tout ce qui concerne l’activisme sexuel de Gide, les dragues, voire le compte des masturbations. Je crois que Gide n’y eût pas perdu. Nous reste l’analyste, pour beaucoup l’ergoteur. Ces pages existent ainsi que d’autres concernant la famille, l’argent. Pourquoi ne les a-t-il pas détruites ? Il savait pourtant qu’elles ne seraient pas toutes intouchables ».  Michel parlait-il de lui-même autant que de sa mère quand il écrivait, en juin 85 : « La crise passée, on lui retire les pions, on lui reproche de détenir la confidence » ? De détenir à transcrire et de transcrire à publier, il y a deux pas, livrés à l’appréciation des amis survivants. Ils savent que leur relation avec Michel ne pouvait pas, ne devait pas être un long fleuve tranquille : « Je ne le répéterai jamais assez : en grande amitié, ce qui est forcément le cas, on ne doit pas taire les points de friction », écrivait-il en mars 86.

            Le centre de gravité s’est déplacé, donnant à chaque volume de la présente édition une relative autonomie : « C’est étrange, parce que je ne l’ai pas vu venir, parce que c’est une certitude, une évidence ; je n’en ai rien su ou je n’ai rien voulu en savoir. Voilà. Avant, mes élans, mes émotions, toutes les composantes de ma vie, n’avaient qu’un but, qu’un écho, l’amour. C’était acquis et ça ne devait pas cesser. Aujourd’hui, je le sais, tout se rapporte à l’écriture, la mienne, et bien sûr à la création en général. À n’en pas douter, j’ai vieilli » (mars 86). Il n’avait pas tort, Thierry Dessolas, quand il affirmait, en décembre 85, que Michel devrait « faire de la critique littéraire » ! Il en fait, dans son Journal, et de plus en plus : critique non seulement littéraire mais musicale, dramatique, artistique, et critique de ses proches, car c’est la proximité qui crée les « points de friction » !

            Et puis il y a la critique des œuvres pendant qu’elles s’écrivent, par exemple ce Journal dans le Journal qu’est celui de L’Appartement moutarde, dans le droit fil du Journal des Faux-Monnayeurs de Gide :

            « Je travaille régulièrement au « roman ». Des images oubliées ressurgissent, blessantes. Je cherche les origines de la douleur. La perte du paradis. C’est un roman sur la pourriture, je peux le dire ainsi. La pourriture, la mort, la fin de cette éternité préalable, le fruit de la connaissance, le fruit véreux. Mais sans didactisme aucun, le moins possible, sans analyse, sans psychologie. Un récit allusif ; symbolique ? Symbolique : nous y revoilà !! » (avril 87).

            Le « roman » semble naître du Journal :

            « Je commence le « roman », une sorte de Journal très élargi. Il s’agira d’abord de retenir tout ce que d’ordinaire on laisse de côté. Je cherche une autre aventure, un danger neuf. Depuis deux ans, tout ce que j’écris n’est pas, certes, fait sur commande, mais répond à une demande. Il s’agit de franchir le pas, je n’abandonne pas pour autant L’oiseau, la charogne. Je le porterai longtemps. Je redoute de m’en délivrer » (octobre 88).

            Peu à peu, le « roman » s’affranchit du Journal :

            « Je ne parviens plus à avancer dans mon roman, la forme du Journal ne me semble plus convenir, est usée. Je penche pour un monologue puis renonce. J’ai écrit une page, une seule, qui révèle bien l’atmosphère de ce que je me proposais d’écrire (un moi qui se croit géant et ne peut exister que dans un monde étriqué) mais je lambine, traînaille, ajoute un mot, en retire un autre, envoie tout le peu promener et vais penser à autre chose, c’est-à-dire à la bonne formule qui me permettra de me replonger dans l’ailleurs de l’écriture, le seul qui me convienne » (12 novembre88).

            « Commencé ce jour mon roman, avec cet exergue de Catherine Pozzi : "Quel quidam, quelle dame, acceptera le spectacle de ma vie, sans rire ? ". Commencé avec enthousiasme, en plongeur (sic) » (16 novembre 88).

            « Mon enthousiasme du 16 est retombé. Certes, j’ai écrit quelques paragraphes mais dans le désordre, ce qui m’est insupportable. Je n’ai pas trouvé mon fil conducteur et j’enrage » (19 novembre 88).

            « Terminé le canevas du roman. Je ne sais pas écrire sans un cadre défini, un espace précis, un temps donné » (29 novembre 88).

            « Je veux écrire un roman et c’est la poésie qui surgit, en petite quantité. Je note ce que j’appelle "mes antiquités". Peut-être poursuivrai-je les deux textes de front. Je ne patauge plus, je fais encore du surplace » (5 décembre 88) .

            « Le roman ( ?) prend un nouveau départ. Je ne disperse plus  ma pensée, les revues m’oublient comme je le souhaitais, mais les lettres témoignent une certaine impatience à lire de nouveaux textes » (décembre 88).

            « Mon existence manque de brillance et je ne parviens pas à l’éclairer de l’intérieur. Et j’ai fait fausse route avec ce roman qui m’empêche de me détendre et qui n’avance plus. J’ai misé trop haut. À reprendre à zéro, sur un autre territoire ; et se taire ! Ne rien annoncer ! » (janvier 89).

            « Terminé le troisième chapitre du roman. J’ai pu dire hier à Claude : "J’écris au fil de la plume". Trois phrases mises bout à bout d’un seul allant » (2 mai 89).

            Une concurrence s’établit entre le « roman » et le Journal, et il arrive que celui-ci prenne le dessus :

            « Après moult tergiversations et de grandes décisions étouffées dans l’œuf, je décide de mettre de l’ordre dans l’ensemble de mes notes (depuis 1965) et de les recopier à la main » [en note, le même jour : "Vingt années (ou plus) me seront nécessaires. La mort devra attendre"], des milliers de pages de tout format (même des tickets d’autobus). J’exagère certainement l’importance de ce Journal, mais il fut, et il est le symbole de ma constance. Quant au roman, interrompu par la trop longue présence des visiteuses de l’été, il ne sera pas écrit. Je ne parvenais plus à resserrer le propos. Restent des nouvelles, des pièces brèves, une unité de ton (égotisme ironique). Au travail ! J’ai perdu trop de temps ». (janvier 90).

            La mort n’a pas attendu. Michel a-t-il exagéré l’importance de son Journal ? Nous ne le croyons pas. Mais le « roman » reprend le dessus :

            « Nuit d’insomnie. Le roman en est la cause. Voilà quinze mois que j’y consacre une grande partie de mon temps d’écriture ; certains paragraphes ont été repris plus de dix fois, dix et vingt fois. Mais je n’ai pas trouvé mon fil d’Ariane. Tout semble rédigé. Il faut organiser le chaos. Je ne sais pas si je parviendrai à un résultat définitif. Je me complais peut-être dans ces démolitions successives. Je ne me décourage pas. C’est comme la gale. Ça me démange. Je me gratte. (Titre possible : L’Appartement moutarde) » (février 90).

            « Au moment où je renonçais au roman, j’en compris les articulations, et je me suis remis à la tâche avec un entrain peu commun. Il faut qu’un sujet me hante, que je m’endorme et me réveille avec un problème à résoudre, une phrase à polir, à déplacer, à supprimer. Laisser reposer la pâte est un mauvais conseil (en ce qui me concerne tout au moins). Je ne progresse que dans la saturation. La spontanéité est rarissime, même en poésie. L’image est donnée, elle, oui » (avril 90).

            « Le roman, parfois je dis le massepain, avance lentement, très lentement. Mais j’y pense sans cesse. C’est comme une énigme, ou plutôt comme un champ de fouilles. Il y a des indices qui éclairent le sujet et d’autres qui m’orientent vers de mauvaises pistes. L’absence de dialogues, le style volontairement empâté, désuet, ne me permettent aucun allant, et j’ignore, je ne peux prévoir le moment où j’en serai délivré » (octobre 90).

            « Au bout de deux années, j’ai sous les yeux vingt pages dactylographiées qui ne peuvent me satisfaire. Je voulais en terminer avant l’été 91. Mais je doute que cela soit possible. Je ne sais plus ce que c’est que d’avancer. Tout est trop pesé, mesuré. Je voudrais que le ton général ait une saveur, un son désuets (comme le narrateur) mais sans tomber dans le passéisme. La chronologie va à reculons et par sauts. Les thèmes et les situations se répètent comme si chaque fois le calque avait bougé » (novembre 90).

            «Trois semaines sur le même paragraphe (une vingtaine de lignes), est-ce bien raisonnable ? Montrer plus qu’expliquer. Susciter l’image plus que la peindre. Susciter l’idée par un frottement d’images. Qu’on entende (au sens d’ouïr) l’image, qu’on entende l’idée. Il y a plus simple, je sais. Encore quelques mois de patience » (2 mars 91).

            « Je suis toujours dans la "moutarde" jusqu’au cou. J’en aurai bavé, j’en aurai chié » (août 91)
                                                      
                        
                                              

*Pour toute commande s'adresser à :
Editions Les Amis de Michel Valprémy
2200 route des Acacias
33141 Villegouge
Tél : 05 57 84 41 88
Email : p.valpremy@orange.fr

Journal 1, 430 pages : 24 € (port compris)
Journal 2, 473 pages : 24 € (port compris)
Journal 3, 428 pages : 24 € (port compris)






samedi 7 janvier 2017

Michel Valprémy (1947-2007), Journal 1 & 2, parution

Publié par les Editions Les Amis de Michel Valprémy, le Journal 1 (1965-1980) est paru en 2015, le Journal 2 (1980 - 1984) en 2016. Le 3 et le 4 paraîtront en 2017 et 2018.



Journal 1, préface de François Huglo

UN SÉDIMENT SECRET

Le récit de la genèse du journal de Michel Valprémy figure dans son entretien avec Christophe Petchanatz, publié dans le Dépli amoureux en mai 1989 et repris dans la monographie éditée dans la collection les Contemporains favoris en 1991 : « Il y eut d’abord un Carnet du désir où je réunissais les passages érotiques des livres qu’on me prêtait (Miller, Tropique du Capricorne) et une sorte de catalogue exhaustif de mes lectures que je résumais avec soin (nombreux ouvrages sur les religions, l’ésotérisme). Puis les deux cahiers se mêlèrent, les commentaires s’étoffèrent. En 65, mon journal ne contenait plus les scènes licencieuses ; les notes de lecture (sans condensés), les observations personnelles sur la vie quotidienne, la famille, les rencontres, l’amour, alternaient avec les poèmes, les premières fictions brèves. Il s’agissait de faire bloc, un ensemble compact, loin de tout éparpillement. Je n’ai jamais cessé de tenir un journal qui a perdu sa forme monolithique, mais n’en demeure pas moins le sédiment de mon travail (…). Il doit bien y avoir une raison, ou plusieurs ; un point de départ, ou plusieurs. Je dirais tout de go : écrire pour me reconstituer un corps ». Pas un corps pour la galerie : aucune complaisance, nul étalage ou déballage en ce journal que, toute sa vie, Michel a tenu secret. Plutôt un corps pour après, discipliné, forgé à la barre, comme celui de Valprémy danseur du Mandarin merveilleux : « Je ne fus plus moi, ni l’autre, mais double, moi et l’autre, moi montrant l’autre » (Jouir sans glose). Un corps plus viable et plus vivant que le vivant (ce qui n’était pas écrit n’était pas vraiment vécu) : « Je sais que je ne détruirai pas (mon journal) (…) ; il a occupé une trop grande place dans ma vie. Il est sûr cependant que je ne publierai rien de mon vivant. Après moi, vogue le radeau » (Lettre à F.H., le 30 août 2004). Poète de sept ans, décidément et définitivement (Rimbaud forever), « pressentant violemment la voile », ou, « frêle comme un papillon de mai », bateau ivre qu’ « un enfant accroupi plein de tristesse lâche ». De ce projectile vigoureuse et fragile armada de papier l’aventure commence.
La présente édition rassemble tout ce que Michel Valprémy a conservé et dactylographié de son journal de janvier 67 au 15 août 80, avec les notes ajoutées au cours de relectures ultérieures pour signaler un changement d’appréciation, prendre distance, mesurer l’écart sans sacrifier celui qu’il était à celui qu’il est devenu. Michel Sauquet et moi avons saisi, avec l’aide de Claude Martin, la dernière partie, restée manuscrite. Des extraits du journal (65-68, 91) ont été publiés par la revue L’intranquille . (F.H.)




JOURNAL 2, préface de François Huglo

LA FORME D’UNE VIE

Art de vivre, art d’aimer, art d’écrire, sont inséparables dans le Journal de Michel Valprémy, à la fois éthique et traité des passions sous forme romanesque et théâtrale : portraits et scènes composent une comédie humaine observable dans le prisme de « petits noyaux » certes différents de celui des Verdurin mais le Narrateur du Journal peut rappeler celui de Proust, ce « Pétrone ingénu » selon André Maurois.
Le diariste se savait romancier : « Je relis quelques fragments de mon Journal. Je me suis presque toujours attaché à l’évolution anecdotique de l’histoire. Je ne me le reproche pas, les notes quotidiennes "conservaient" le fait, le "p’tit geste". Clichés, diapositives, garde-souvenirs, réservoir de notes pour les textes plus élaborés » (juin 83). Loin de tout épanchement complaisant, le Journal recèle le meilleur des premières années d’écriture : « En fait jusqu’à trente ans je n’ai fait que très mal écrire, à quelque(s) exception(s) près (le Journal peut-être) » (mai 84).
Un seul exemple de portrait : « Clo défait ses sacs et l’Asie se répand dans la pièce » (janvier 82). « Avec Clo on s’éveille à Goa, on déjeune au Népal, on fait la sieste au Kazakhstan et dîne dans le Cachemire » (septembre 80).
Autrui devient personnage, le diariste narrateur, parce que Valprémy, dans l’observation comme dans l’introspection, valorise la singularité : « En fait l’introspection chez moi c’est ce qui dure, le comportement par contre tend à s’adapter aux impératifs de l’autre jusqu’à la défigure. Quand l’analyse est niée ou trop affaiblie pour valoriser la singularité, c’est la cassure, ce qui m’est arrivé » (juin 81).
Il s’agit bien d’une éthique, de l’effort de persévérer dans son être que Spinoza appelle le « conatus », et qui chez Valprémy distingue l’orgueil de l’ambition : « Je ne suis pas suffisamment ambitieux (on me l’a souvent fait remarquer) mais j’ai l’orgueil de croire que chaque jour (au présent) je dois et peux, anonyme, me prouver que je suis » (août 83). Cet effort se traduit en particulier dans l’ « effort au style » par lequel Mallarmé définissait le vers. Art de vivre, art d’écrire : l’un passe par l’autre. « C’est bien dans la littérature que j’ai le moins triché ou, pour le mieux, que j’ai, seul, touché à la plus grande honnêteté, intégrité. Ce que j’ai renié, la presque totalité de dix années de travail, n’étaient que des "phases de brouillons" qui me permirent, plus que d’arriver à une certaine maturité d’écriture, à m’accepter dans mon corps, dans mes relations, dans ma vie » (mars 84). Forme d’une vie et temps d’écrire tentent de se rejoindre. « Midi. Je sais. Importe la forme. D’une vie. La mienne. Se souvenir de l’île, de la cellule de l’ascète. Noces des rigueurs et du poème. Comme un instinct. À trop diffuser on brouille les ultimes pistes —Certitude. Le temps de l’autre sera choisi en privilège (ou dans l’appel). Ô vigilance du silence ! » (mai 82). « On ne me séparera plus du temps d’écrire » (juillet 82).
Passion d’écrire et passion amoureuse se conjuguent dans la valorisation de la singularité : « Pierre est l’une des rares rencontres importantes de ma vie, davantage que d’autres passions puisqu’elle engendra des possibilités de joie, d’exaltation en elle-même, par elle-même (…) il me révèle à moi-même, à la vie » (décembre 81). On pense aux proustiennes « intermittences du cœur » en lisant : « Quel est le rouage de nos attachements ? Quand s’emballe-t-il ? Quand s’enraye-t-il ? Qui jette du sable ? Qui graisse les poulies ? ». La « force de séduction » qu’on reconnaît à Michel, vécue comme une revanche, provoque une jalousie, proustienne elle aussi, face à laquelle il se sent, comme il le dira du peintre Luc Lauras, « coupable de son innocence ». La machine infernale de la jalousie est celle de la dévalorisation de soi. Valprémy considère plutôt la passion comme un projecteur, qu’il déplace : « Éviter l’illusion du "tout l’un pour l’autre" car la passion n’éclaire jamais toutes nos facettes, même si la soudaine mise en lumière de l’une d’entre elles nous fait croire à la révélation globale, exhaustive, de notre être. Pas de pactes, de serments, de promesses, qui tracent par avance un chemin. Aimer, c’est rendre l’autre plus libre, plus aventureux aussi, qu’importe si l’horizon, le grand large, nous échappent, n’est-il pas plus vrai de se situer à la source ? ». Conclusion : « Martin, vous êtes le roi des cons. Arrêtez de porter les stigmates. Vous avez tout pour vous (…). Alors, brûlez votre navire désespéré, posez vos pieds sur la terre, marchez, regardez à droite, à gauche, retrouvez le sourire et l’on viendra à vous. Vous n’avez de compte à rendre à personne, surtout pas à moi » (juillet 82).
« Je crois à la vie déliée » (mars 82). Cela nous ramène à la danse, aux « scènes de la vie théâtrale » comme dirait Balzac, et aux cours donnés à l’amicale laïque d’Eysines. « Je crois qu’avec l’âge j’ai appris à mesurer mon travail, c’est-à-dire à concentrer mes forces et qu’un meilleur élan peut surgir » (janvier 83). Mais « Au théâtre en 85, je partirai au bon moment. Les finales des opérettes (les mêmes depuis 11 ans), concentrés de débilités, ne sont plus accessibles à bientôt 37 ans. Et puis les prouesses techniques n’ont jamais été mon fait, encore moins désormais. Il n’y a plus rien à jouer, là était, je crois, mon meilleur » (mai 84). Mais parmi ses élèves il observe encore une comédie humaine, et s’efforce encore à valoriser la singularité : « On remarque déjà les vieillards prématurés, les princesses intouchables, les commerçants, les séducteurs. Donnons et n’attendons rien » (novembre 84).
Y a-t-il de la chorégraphie dans la pornographie ? « Toujours surpris par l’élégance des gestes les plus osés » (mai 82). Mais « Si je rends ces détails du "commerce extérieur" d’une manière systématique et en fin de compte banale, c’est parce que la trouille est là, trouille de ne plus connaître cet accord spontané dans l’histoire d’amour. Trouille et sans doute résurgence d’une ancienne culpabilisation. Trouille et manque. En exprimant ces fragments d’une sexualité frustrée je me donne l’impression, sans me convaincre vraiment, d’une plénitude » (1983).
La seule supériorité du Journal de Léautaud sur celui de Gide est sa plus grande crudité : « Cette causticité me plaît ainsi que ce qu’il ose dire de son corps, de son sexe, à la différence de Gide, celui qui fait un pas en avant puis deux en arrière ». Léautaud parle de littérature et de lui-même « avec cette ironie, cet esprit chers à son idole (le mot n’est pas exagéré), Stendhal » (avril 84). Mais « Ce Journal n’aura jamais la valeur de celui de Gide parce qu’il touche rarement à l’universel et se contente pour la plupart de petites histoires de l’édition, de ragots et de potins » (mai 84). Autres lectures où s’exerce l’art d’écrire, Petits métiers de Tony Duvert : « Quelle nostalgie de l’enfance, recomposition des rêves, sketches, jeux dans l’imaginaire. Des fables, et le moraliste en filigrane, presque insidieusement » (octobre 81). Les aventures singulières de Hervé Guibert : « Beaucoup apprécié (…) L’anecdote au sens strict, pas de grandes esquisses, une gravure de détails, du rien. Toujours la présence de celui qui écrit. Un critique se demandait, dans le Nouvel Observateur, si Hervé Guibert était un écrivain. Encore faudrait-il définir ce qu’est réellement, objectivement un écrivain, ce qui est sûr c’est que chez lui le fait d’écrire est la preuve que l’événement, l’histoire sont vécus. Nécessité suffisante » (août 82). Michel, qui a publié dans la revue Minuit, rencontre Mathieu Lindon et Hervé Guibert à « La Machine à lire », librairie bordelaise : « leur tolérance est exemplaire, aucune théorie pontifiante » (avril 82). Le professeur de Michel, Monsieur Saint-Girons, vise juste quand il lui écrit : « C’est surprenant, ces deux aspects, l’expression poétique résolument moderne qui m’est étrangère et la prose claire et expressive que vous réussissez si bien ! ». Michel précise : « Je tiens à cette ambivalence qui n’est pas une dualité » (octobre 84). Il rencontre Didier Moulinier : « Mes collages paraissent dans la Poire d’Angoisse, hebdomadaire gratuit. Ça m’amuse beaucoup. Je l’accompagne jusqu’au studio de "la vie au Grand Ertz" où il présente son émission "l’oreille cassée". Ce soir la Beat Generation. Entre deux séquences pornos sonores (il les a enregistrées dans un cinéma) on entend Burroughs chanter » (novembre 84). Une autre aventure commence. (F.H.)

*

Pour toute commande s'adresser à :
Editions Les Amis de Michel Valprémy
2200 route des Acacias
33141 Villegouge
Tél : 05 57 84 41 88
Email : p.valpremy@orange.fr

Journal 1, 430 pages : 24 € (port compris)
Journal 2, 473 pages : 24 € (port compris)




 

vendredi 6 janvier 2017

Guy Ferdinande, La Bonne année


Avec son arrière-goût de sapin, on aurait pu croire qu’il ne lui manquait que les boules. Détrompez-vous, ni elle n’a, ni elle n’a besoin de boules. Il ne lui manque rien. Vraiment, vraiment, elle est très bien. La coquille, la fougasse ou la galette des rois tant que vous voulez, elle est là pour ça, mais les boules ne sont pas consignées, gardez-les afin de vous les fiche dans les oreilles l’heure du feu d’artifice venue.
Contrairement à ce que considèrent les boulistes, les boules ne sont pas le commencement de la sagesse. Avec tout ce qu’il s’est passé en 2016 il y aurait pourtant de quoi les avoir. Eh bien non, avec l’éternel retour de la bonne année, adieu chocottes, gastroentérites et grippes à poil dur ! Rien ne va prévaloir que la santé, la bonne santé !
Vous vous souvenez de 2015, n’est-ce pas ! Année de sombre mémoire qui frappa tant les esprits. Heureusement que la fin de l’année venue, nos bons vœux effaçant l’anathème firent de 2016 un cru tout à fait exceptionnel. 2016, nous te louons à gorges déployées, à pleins poumons et à fond les balais ! Je ne dénigre pas 2015 pour autant. Ce serait noircir inconsidérément le tableau que d’omettre que tout ce qui nous enchanta durant ces douze mois fut redevable aux bons vœux prodigués lors de la précédente Saint-Sylvestre !
Il peut bien pleuvoir à la Saint-Médard si à la Saint-Glinglin revient le mot de la fin ! Saint-Glinglin, clou qui chasse l’autre, aucune battue ne résiste aux propriétés d’annihilation que l’ardoise magique te prête ! Il faut donc rendre à 2014 ce qui appartient à 2014 et dire que les apparences ne sont trompeuses que pour qui s’obstine à ne pas vouloir discerner sous les vessies les lanternes, sous les désirs la réalité ou sous les pavés la plage, comme on se plaisait à dire en des temps plus badins.
Toutes ces calamités dont on nous rebat les oreilles me font penser à l’art terriblement fin de siècle qu’on qualifia de « pompier » où la représentation d’une femme dans le plus simple appareil, fût-elle Vénus ou Rolla, restait une femme à poil. Avec n’importe quelle œuvre d’art contemporain, au contraire, c’est l’œil du regardant qui fait la chose. Là où l’œil du voyeur se bornait à ne voir que ce qu’il voyait, celui du voyant fait de ce qu’il voit une transsubstantiation.
Et aujourd’hui, il en va de même avec la réalité. Ce ready-made qu’on nous vend comme étant la réalité, n’est-ce pas ce qu’il y a de plus incontournable, de plus radieux même ? Non, il n’est pas outrecuidant de dire les divans profonds que furent ces années 2010, 2011, 2012, 2013, 2014, 2015 et 2016, pour ne citer que les dernières en dates. La bonne année est le sésame à l’aune duquel nous pouvons affirmer que 2017, à l’instar de ses prédécesseures, arraisonnera la raison que nous prêtent les arrière-trains de sajous et qu’elle sera, à n’en pas douter, bonne et heureuse !... 


Vidéo sur You Tube : 
 https://www.youtube.com/watch?v=jtYEOoU9l8k




mardi 11 octobre 2016

Denis Ferdinande : exposition de dessins, octobre 2016


Exposition de 17 dessins au stylo bille
Librairie La Curieuse, 7, place Henri IV
61200 - Argentan (Basse-Normandie)




In the mood - dessin 2016




denis.ferdinande@gmail.com