Galerie La Petite Renarde Rusée

lundi 14 janvier 2019

Guy Ferdinande - La Véritable Histoire du Rock (chapitres 1 à 8, à suivre)


~1~

  Comme toute histoire, la véritable histoire du rock a une préhistoire. Plus tard j’apprendrai que la préhistoire a elle-même une préhistoire : la prépréhistoire. Et que cette prépréhistoire... mais bon, n’allons pas plus vite que la musique et tenons-nous en à la préhistoire pour l’instant. Quand il faudra étoffer le propos, nous saurons nous souvenir qu’aucun miracle ne tombe du ciel. Pour l’heure nous sommes en colonie de vacances en 1960, et chaque jour avant l’heure des repas, dans la grande salle qui donne accès au réfectoire, nous est accordée une petite demi-heure apéritive pour danser le twist et le rock en compagnie des filles, précision d’autant plus importante que la mixité n’a encore fait son apparition nulle part et que du haut de mes dix ans quelque chose d’inaugural m’apparaît confusément, même si je ne sais pas encore que ma destinée sera rock pour le meilleur et pour le pire ou ne sera pas.
Quels 45 tours les enfants de la colonie de vacances ont-ils le bonheur de mettre sur l’électrophone en 1960 ? Richard Anthony avec “Tu parles trop” ou “Le petit clown de ton cœur”, Johnny Hallyday, avec “Souvenirs, souvenirs” ou “Itsy Bitsy petit bikini”, les Platters avec “Only you”, Paul Anka avec “Diana”, Dalida avec “T’aimer follement” ou “Itsy Bitsy petit bikini” à nouveau, Danyel Gérard, mais c’est d’autant plus “Apache” des Shadows qui mène la danse qu’avec ce morceau se terminera la session lors de la fête de clôture. L’année suivante, dans cette même colonie de vacances, en compagnie des mêmes petites amoureuses, Maryse, Marie-Josée, viendront s’agréger Petula Clark avec “Romeo”, Adriano Celentano avec “24000 baci”, les Chaussettes noires, les Chats sauvages, et encore les Shadows avec “F.B.I.” et les nouveaux postulants que l’on sait.
  Jusqu’ici le rock est une histoire d’enfance, je dirais même d’enfance de l’art. Nul indice avant-coureur d’un conflit de générations mettant face à face Tino Rossi qu’aimait ma mère et Richard Anthony. La musique c’était les 78 tours paternels, immuables car mes parents n’avaient pas de budget musique, également ce qu’il leur arrivait de fredonner et qui me revient parfois : “Le Bricoleur” de Patachou, “C’est l’piston” de Bourvil, etc. Mais musique et chanson c’était avant toute chose la TSF, la télévision n’ayant pas encore fait main basse sur les consciences, et la TSF ce n’était pas que des “Ploum ploum tralala”, c’était le sketch hebdomadaire de Simons : “Acoutez l’Vaclette (L’Conte du vinderdi)”, Alain Decaux, André Castelot et Colin-Simard avec “La Tribune de l’Histoire”, Jean Nocher avec sa chronique “En direct avec vous”, Geneviève Tabouis à la voix inoubliable, sans oublier “Les Maîtres du mystère”, “L’Homme à la voiture rouge” ou “De l’autre côté du soleil”. La TSF c’était un imaginaire.
  Arriveront les chapitres où il me faudra évoquer les cinoches, le marché de Wazemmes, mes petites amoureuses, le dessin, ce qu’est une destinée rock, etc. tout ce qui fit et fait encore l’entour, et pourquoi pas le catéchisme pendant que j’y suis ? Pour l’instant je voudrais encore dire un mot sur le Sébasto devant lequel je passais chaque jour pour aller à Michelet, l’école Michelet. Sébasto ce fut “L’Auberge du Cheval blanc” et “Le Chanteur de Mexico” avec Luis Mariano et je suis prêt à jurer que ces deux opérettes auxquelles nous assistâmes furent décisives. À cette époque, hormis “Carmen”, mon père jugeait l’opéra hermétique, fastidieux et, comme par un fait exprès, en langue étrangère, fût-ce quand c’était en français. Seule une classe sociale gardienne du sésame l’appréciait. Et c’est peut-être bien parce que “Carmen” est un opéra-comique que via un malentendu, à moins que ce ne fût une ruse, il pouvait l’apparenter aux “Cloches de Corneville”. En tout état de cause pas plus que “Carmen” je ne vis d’opéra ni d’autres opérettes que ces deux-là à cette époque. Quel rapport avec l’art lyrique me demanderez-vous peut-être ? Le rock ? Aucun, mais le postrock, si. Car si le rock eut une préhistoire, il a fatalement une posthistoire. Patience, nous y viendrons en temps et en heure...

 (Le terme “opéra-comique”, variante française d’“opera buffa”, désignait à l’origine un opéra qui, comme son nom l’indique, était comique, par opposition à “opera seria”. Comme dans ces opéras comiques, formellement moins encombrés que dans les “opere serie”, il y avait des parties parlées, un glissement sémantique a fini par attribuer le terme “opéra comique” à tout opéra comportant des dialogues parlés. Ainsi “Carmen” ou “Fidelio” qui n’ont rien de comique se sont-ils retrouvés affublés de ce qualificatif.)



 avec Chris Farlowe


~2~
 
Du catéchisme je n’ai pas grand-chose à dire. Je vais donc en toucher trois mots rapidos pour être débarrassé. Nous sommes maintenant en 1963, en 5ème, piètre élève, Baggio trop violent. C’est cette froide année-là que j’apprends par l’abbé Declercq qu’il ne suffit pas que de dormir côte à côte pour avoir des enfants, puis par le médecin scolaire qu’il faut décalotter son zizi sous peine de je ne sais quelles affres, et que place de la Nation 150 000 jeunes assistent au concert gratuit des Gam’s, Chats sauvages (avec Mike Shannon), Frank Alamo, Danyel Gérard, Richard Anthony, Sylvie Vartan et Johnny Hallyday. Mon copain Bernard m’appelait “p’tit curé” parce que je suivais ce que nous enseignait l’abbé Soyez avec le plus grand sérieux. Comment m’aurait-il appelé trente ans plus tard s’il m’avait vu suivant avec le même sérieux des cours sur la mécanique quantique auxquels je ne comprenais que tchi ? Outre le fait que je n’ai jamais été un turbulent, le catéchisme m’intéressait parce qu’il était précédé d’une messe rassemblant garçons et filles, les garçons d’un côté de l’allée centrale, les filles de l’autre avec là-bas celle qui faisait battre mon cœur, Josette. Pour tout émoi horriblement éloigné de son objet mais tellurique, je n’avais droit qu’à cet office hebdomadaire car en ce temps-là les pères tenaient leurs enfants d’une main de fer, notamment le mien. Quel tube aurait rapporté une telle infortune ? C’est qu’avec le twist, le fond de l’air était gai, n’est-ce pas ! Le monde entier twistait...
Avec l’approche de la communion solennelle advint l’affaire des boots ! Ah, l’affaire des boots, aussi cataclysmique que l’affaire de la malle sanglante de Millery, c’est elle qui dans la genèse fait la jonction entre le rock, autant dire le diable, et le bon dieu ! Le costume de communiant du plus beau bleu qui soit était là, le brassard était là, la cravate était là, la chemise blanche était là, l’amidon pour le col de la chemise était là, ne manquaient que les souliers que ma mère et moi allâmes chercher chez “Marcel”, le chausseur de la rue Jules Guesde. Ma mère ne voyant pas d’objection à ce que mon choix s’arrêtât sur, rutilante entre toutes, une paire de boots Chelsea semblable à celles que portaient les Beatles, c’est avec cette paire de boots et le sentiment du devoir accompli que nous rentrâmes à la maison. Pourtant, quel sacrilège ne venais-je pas de commettre ! Quand mon père découvrit ces chaussures d’infamie à soufflets et bouts pointus, il lui prit une poussée d’adrénaline à faire déguerpir le voisinage, exigeant qu’on allât sur le champ les échanger, chose qui, la dissipation des jours suivants aidant, ne se fit heureusement pas. Cette sacrilège intrusion de chaussures sorties droit de l’antre de l’antéchrist invalida-t-elle ma profession de foi ? Toujours est-il que “la fin de la religion obligatoire” selon Luc Perrin donnant droit à un cadeau je reçus, outre la paire de boots Chelsea, un poste transistor Atlantic qui via l’émission “Salut les copains” m’ouvrit toutes grandes les portes de ce rock appelé à éponger bien des heurts.
   Insensiblement, la musique put ainsi devenir ma religion. En quelque endroit que j’allais, on peut dire à marche forcée, je portais en bandoulière ce transistor. La nuit même je l’enfouissais sous le drap pour que de sa chambre le père n’en perçoive rien. Si l’existence s’avère vite quelque chose d’inquiétant, en même temps ce sont ces causes d’inquiétude qui l’obligent comme une rivière les obstacles au dessin singulier de son cours. Il est peu douteux que l’on n’ait pas remarqué la proximité des mots “dessin” et “destin”. À la question qui suis-je ? que j’aurais tendance à orthographier qu’y suis-je ? il est possible de répondre : je suis le dessin d’un destin, sa topographie, son silence.

 avec Phil May


~3~

Baggio ça n’a pas marché, du coup me voilà rapatrié en classe de certificat d’études à l’école primaire pour garçons de la rue Guillaume Tell. Les écueils participent de ce que nous filons du mieux que nous pouvons, c’est sur eux que nous rebondissons. Je peux donc savourer une quiétude scolaire insoupçonnée, des pensées neuves me viennent, je participe, réalise des projets dont on me félicite, je m’épanouis. À SLC, “Pour moi la vie va commencer” fait un carton et pour un peu je reprendrais bien cette chanson à mon compte. Une rémission ? On verra bien ! Époque des “pétoires” (Malaguti, Flandria et autre Paloma “Flash” dont l’idole des jeunes va jusqu’à faire la pub). Les garçons et les filles de mon âge de cette partie reculée du quartier qu’on appelait alors “blocs Saint-Sauveur”, les filles surtout en amazone derrière leurs chevaliers servants, immanquables avec cheveux crêpés et parfums sortis des distributeurs à tirette. C’est cette bande dans le vent qui chaque soir pétarade sur ses “terribles engins”, bande qu’on ne manquera pas de remarquer sur les autos tamponneuses quand la ducasse prendra possession de la placette devant l’église Saint-Charles. Mais bande ou pas bande, c’est encore le travail qui rythme la vie, et là le secteur est calme. Les autres jeunes du quartier ne forment pas de bandes, roulent en randonneur ou en demi-course et rentrent chez eux avant la tombée de la nuit. Finalement, le plus poor lonesome teddy boy du quartier c’était peut-être bien moi qui avec mon inséparable transistor avais déjà entrepris d’être à moi-même ma propre bande.
Passablement excentré, le quartier des Bois Blancs que ceignent deux bras de la Deûle est presque une île, en tout cas un village qu’animait une foultitude de petits commerces, une activité paroissiale plébiscitée, deux cinoches incontournables : le “Bois Blancs” où s’apparentent les jeunes du groupe scolaire Guynemer/Hélène Boucher (les fameux “blocs”) et le “Mirage” du côté du groupe scolaire Alfred de Musset/Desbordes-Valmore. Je fais un peu de géographie, n’est-ce pas ! C’est une habitude de la maison, dès qu’on discute musique on fait de la géographie. Ajoutons le vaste terrain vague qu’on appelle “le petit bois”. Possible que les arbres fruitiers qui s’évertuaient à évoquer un passé sur lequel personne ne s’interrogea jamais y fussent pour quelque chose. Au p’tit bois on croisait des enfants qui allaient à l’marotte à poires, des promeneurs que leur chien baladait, des amoureux qui flirtaient, des vagabonds. Aucun jardin public ne rivalisait avec ce petit bois où fouler l’herbe haute était la matière même du rêve.
  Tout ça pour toucher un mot au sujet des deux cinoches du quartier. Ah, l’âge des cinoches ! Et ce n’est pas Eddy Mitchell qui me contredira ! La vie de famille était tumultueuse mais pour ce qui est d’aller au cinéma nous y allâmes copieusement. Même que s’il avait pu m’arriver d’y aller seul, de temps en temps, j’aurais pu m’asseoir auprès de Josette. Mais le cinéma était le pendant de la messe du jeudi matin : non, non, non tu ne t’approches pas des filles, trop dangereux ! C’est ainsi qu’invariablement le père était satisfait de la programmation des cinoches. Qu’en vain mon cœur battît à tout rompre, en a t-il jamais eu cure ? Au “Bois Blancs” j’ai vu quelques films avec Elvis Presley : “Bagarres au King Créole” de Michael Curtiz, “Viva Las Vegas”, “G.I. Blues”, “Love me tender”, “Fun in Acapulco” et bien entendu l’incontournable “Rock du bagne” ; exception faite de ce film, c’est peu dire que le King qui a tourné dans une bonne trentaine de films n’a pas laissé une image notoire d’acteur. Également le second film dans lequel apparaît Johnny Hallyday : “D’où viens-tu Johnny ?”, le premier avec les Beatles : “A hard day’s night” et aussi dans un autre registre “Paris-Champagne” qu’en toute candeur je voyais érotique. Le samedi soir, les Dracula, Frankenstein, vampires et autres loups garous pullulaient, mais de cela il était dit qu’il ne serait jamais question. D’ailleurs quel besoin d’aller se faire des frayeurs avec Peter Cushing quand le lendemain au “Mirage” passait un Maciste avec Steve Reeves ou un Zorro avec Tyrone Power ? Reste que le goût pour le cinéma que cette irrévocable sujétion m’inculqua n’est pas exempt de tout arrière-goût.
J’eus le CEP haut la main, ce qui me valut de n’être récompensé ni d’une Mobylette ni du traditionnel randonneur bien trop dangereux ! C’est sur l’électrophone que mon père se rabattit et au fond ce n’était pas la pire des options puisque cinquante-cinq ans plus tard, l’âme de ma discothèque vibrionne toujours. C’est à partir du Big Bang qu’il occasionna que je suis passé d’une préhistoire inespérée à la véritable histoire du rock.

 avec Arthur Brown


~4~

Cet électrophone, un Philips, mon père et moi allâmes l’acheter au petit magasin d’électroménager qui faisait l’angle de la rue du Marais de Lomme et de la rue Descartes, je nous y vois encore. La boîte dans laquelle le commerçant m’invita à choisir un disque qu’il m’offrait ne recélait que des supers 45 tours de rock’n’roll. C’est Little Richard qui rompit l’embarras du choix — “Good golly miss Molly”. Concis, ferme et définitif. J’ai écouté et écoute toujours le Little Richard de cette époque, j’en retire à chaque fois la certitude que si le rock’n’roll n’était pas advenu il aurait manqué quelque chose au monde, il aurait manqué un morceau de monde. En ce sens, il y a du philosophique dans le rock’n’roll. Toute cette énergie... Cette espèce de cri de guerre introductif de “Tutti frutti” : “A-wop-bom-a-loo-mop-a-lomp-bom-bom” n’est-il pas inaugural ? Dans quel genre musical autre que le rock’n’roll ce hurlement eût-il été possible ? Il fallait être un peu fou, c’est d’ailleurs ce qu’il dit de lui-même : “Mes parents écoutaient Bing Crosby et Ella Fitzgerald. Je savais qu’il devait y avoir dans la musique quelqu’un de plus cinglé que ça. J’ai découvert que c’était moi !”. C’est une déclaration que je rapproche de celle que Nikos Kazantzaki fait dire à Alexis Zorba : “... tu n’es pas libre. La corde avec laquelle tu es attaché est un peu plus longue que celle des autres. C’est tout. Toi, patron, tu as une longue ficelle, tu vas, tu viens, tu crois que tu es libre, mais la ficelle tu ne la coupes pas. Et quand on ne coupe pas la ficelle... (...) C’est difficile, patron, très difficile. Pour ça il faut un brin de folie ; de folie, tu entends ?”. Surplomber l’autre côté, excéder ses limites en se retenant de basculer, effectivement l’exercice est périlleux. Tous n’y arrivent pas, ou n’y arrivent que pour mieux dégringoler. Mais les Little Richard, Chuck Berry, Jerry Lee Lewis y sont parvenus.
De tous ceux qu’on a coutume d’appeler les pionniers du rock je ne saurais dire qui est le meilleur, qui est le moins bon. À quatorze ans j’avais une préférence pour Eddie Cochran parce qu’il fallait bien que je me choisisse un héros, ou un “héraut”, l’homophonie fait sens (pas une idole), mais deux minutes après je me disais que Gegene était tellement bon, et Buddy Holly, et Fats Domino, Fats Domino qui se produisit au Sébasto, pour ne rien dire du King. King au sujet duquel Little Richard disait d’ailleurs : “Pour nous les Noirs, il a été une bénédiction”. De l’un à l’autre il y a des variations mais le peloton est d’une telle compacité qu’il exhausse à jamais la décennie. J’ai jadis eu un échange épistolaire contradictoire sur le sujet avec un type de ma génération qui tenait un fanzine, le rock pour lui n’avait de légitimité que noir. Il n’avait d’oreille que pour le rhythm’n’blues des années 40 et 50 et je ne jurerais pas que celui des 60’s ne lui apparaissait pas comme un compromis avec l’adversité. Tout ce qui blanc de peau prit naissance avec Elvis Presley n’était pour lui que plagiat et falsification. C’était faire fi du fait que si la musique est une matière essentiellement impure c’est pour que les musiciens se fassent alchimistes.
  Il était dans l’ordre des choses qu’après l’EP de Little Richard s’ensuivît la discothèque. C’est avec mes petits sous que les bureaux de tabac et marchands de journaux qui vendaient des 45 tours d’occasion inaugurèrent le type du dépensier économe. Pour ce qui est du 33 tours, il y avait l’Eden, rue de Paris, mais le 33 tours ne s’appliquait pas encore au format du rock’n’roll dont les supports de prédilection étaient le jukebox et le Teppaz, et puis le 33 tours coûtait les yeux de la tête. C’est dans ce contexte que mon ami Ahmed Toumi dégota l’exception qui confirme la règle en m’offrant pour mon anniversaire “Good Rockin’ Tonight”, le 33 tours 25 cm d’Elvis Presley qui venait juste de sortir.

avec Pete Brown


~5~

Fraîchement débarqué d’El Milia pour rejoindre son grand frère qui travaillait en filature à Lomme, Ahmed, plus exactement Boudjemaa, était mon aîné d’un an. En attendant l’âge légal de seize ans pour aller travailler avec lui à l’usine, il fut scolarisé pour l’année dans la même classe de CEP que celle où j’avais atterri. Parlant le français avec difficulté, il tâchait tant bien que mal de faire son miel de ce que Mr Payelle, le directeur, lui enseignait entre histoire et géographie, et surtout de ravaler la colère de la bête curieuse à quoi les idiots le contraignaient. C’est quand l’heure de la récréation venait qu’insultes et provocations lui tombaient dessus. Certains élèves, Jojo le moins finaud notamment, prenaient plaisir à le pousser à bout jusqu’à ce qu’il se rebiffe, l’attroupement que cela occasionnait alors faisait accourir directeur et instituteurs et c’est lui qui écopait des baffes. Cette injustice a toujours obscurci l’image idyllique que j’avais de cette école et je n’excuse pas cet estimable directeur de s’être abstenu de chercher le pourquoi du comment.
Ahmed vivait avec une communauté maghrébine dans une des deux immondes courées aujourd’hui disparues de l’avenue Marx Dormoy. Celle des maisons dans laquelle il créchait, ou plutôt ce qu’il en restait, n’avait pour tout meuble qu’un Butagaz, une vieille table, quelques chaises branlantes et un ou deux grabats sur des journaux. Chiottes et robinet dans la cour où je le vois encore se laver les pieds en dépit du froid. L’année scolaire terminée, nous avons continué à nous fréquenter malgré qu’il fût hors de question qu’il franchît le seuil de notre maison. Non que mon père fût expressément raciste mais quand bien même il ne l’aurait pas été, personne hormis le charbonnier pour livrer le charbon n’est jamais entré chez nous. Chacun chez soi, c’était comme ça... C’est peu dire que les familles ouvrières des Bois Blancs ne lésinaient pas sur cette rudesse de mœurs qui leur tenait lieu de rectitude. Sans vouloir jeter l’opprobre, dans combien de maisons entendait-on les disputes quand on passait rue de La Bruyère ? De retour de mon service militaire Ahmed était reparti en Algérie et je n’ai plus eu de nouvelles de lui.
Par quelle intercession très volatile mes pensées se tournent-elles si souvent vers l’Algérie ? Celle d’Ahmed ? Celles de Tayeb, Houcine, Djelloul, Belkacem, Allaoua et de tant d’autres que nous connûmes et qui pour tout bagage n’avaient que leur humanité ? Que font-ils aujourd’hui ? Sont-ils même encore de ce monde ? Jeune enfant, je ne savais rien de la guerre dite d’Algérie mais je me souviens avoir vu par la fenêtre du 3ème étage où nous habitions les gardes mobiles ratonner les manifestants à l’angle des rues Gambetta et Solférino. Cette vision se confond avec ce que mon père me disait des Allemands tirant en direction des fenêtres de cette même rue Solférino quand ils quittèrent Lille à la Libération. L’Algérie est une vieille résonance pour moi qui la connaît si peu. Aux méthodiques qui m’objecteraient qu’ils ne voient pas le rapport avec la véritable histoire annoncée, je dirais que c’est parce que cette histoire est une autre histoire qu’elle est véritable, et qu’ils ne sont pas au bout de leurs peines. C’est aussi parce que le rock fut plus qu’un phénomène musical stricto sensu, que des transformations comportementales et politiques, résultant notamment du conflit générationnel débordèrent de toutes parts la chose distractive que la musique avait été pour les générations précédentes. Posture + électricité, un vecteur.

avec Kevin Coyne


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  Avec l’entrée de plein pied dans l’adolescence toutes sortes de litiges entreprirent d’enfoncer ce clou dont on serait tenté de penser qu’il est le propre de leur nature tant qu’il n’a pas été enlevé du pied. De deux choses l’une, ou le problème c’est le clou ou c’est le pied, sachant que leur rencontre sur la table de dissection est loin d’être fortuite. Adieu donc école Alfred de Musset, odeurs de craie et de poêle à charbon, robinets qui fuyaient et Alésia, Poitiers, Marignan comme larrons en foire ! Au collège qui lui succéda, l’École Professionnelle des Industries Lilloises, je rendis ma place au mortel ennui : dernier de classe dans toutes les matières. Conspirationniste, je dirais que les lanternes rouges ont les mêmes astreintes que les têtes d’œufs afin d’être mis sur la touche. Est-ce pour dissimuler le soleil que les institutions catholiques ont de si infranchissables façades ? Même les cours de dessin me faisaient froid dans le dos. Dans cette caserne où j’ai croupi pendant deux ans la seule compétence qu’on m’accorda consista à donner le ton des cantiques à la messe hebdomadaire. Caserne pour caserne, cantique pour cantique, c’est encore à moi qu’échoirait de donner le ton au service militaire. À la même époque, pour pallier les cours de piano en pure perte chez Schillio puis l’apprentissage du solfège en pure perte en mairie de Lille je me retrouvai à apprendre, toujours en vain, solfège et saxo trois ans durant en mairie de Lomme, après quoi, de guerre lasse, je raccrochai pour quelque temps.
     Avec les 60’s, la métamorphose du pouvoir d’achat changea la donne, la citrouille se changea en clinquantes “4 CV Renault” ou “2 CV Citroën”, la bicyclette se fit “Mobylette”, leur firent cortège la machine à laver avec essoreuse à rouleaux, le robot marie “Moulinex”, la cuisine en formica pour laquelle il fallut faire place nette, la télé et avec la télé le temps de la télé dévolu à sa substantifique transcendance. Si pour ne pas subir “Au Théâtre ce soir” que je pris en aversion je m’éclipsais dans ma chambre, il me fallait auparavant essuyer la volée de bois vert incluse dans la cérémonie en cas de défection. Par contre si je suggérais un film qui par quelle obscure intuition venait de capter mon attention, il se pouvait que le père changeât de chaîne ou tout simplement décrétât l’heure d’aller au lit. Ce fut le cas de “L’Île nue” de Kaneto Shindō au bout d’une demi-heure. Tant pis, les heures de gloire de Steve Reeves et de Mark Forrest étaient comptées, dans quelques années je me rattraperais au cinéma, entre amis pour plus de sûreté, avec “Théorème” de Pasolini. Au demeurant, patience et longueur de temps faisant plus que force ni que rage, tout venant à point à qui sait attendre, etc., je vis la suite de “L’Île nue” en VHS une trentaine d’années plus tard. Jésus avait marché sur les eaux, mais c’est le dieu Progrès qui marchant sur la tête raflait maintenant le plébiscite.
     Sur le versant tout aussi distractif de la musique, les modes incitaient à ce que l’on changeât de disque comme de chemise. Du rock’n’roll pur jus des 50’s que j’écoutais hier encore, une option soft redevable aux Paul Anka, Elvis Presley, Brenda Lee ou Buddy Holly se mit à stimuler le romantisme des Roy Orbison, Everly Brothers, Dion, Del Shannon, Bobby Darin, Neil Sedaka : ce qui n’allait pas tarder à s’appeler pop music. Quant à la musique noire elle explosait littéralement : centaines de hits qui du doo-wop au rhythm’n’blues que signaient Atlantic, Stax ou Tamla Motown se vendirent comme des petits pains pour la gloire des Aretha Franklin, Ray Charles, James Brown, Otis Redding, Little Stevie Wonder et tant d’autres. Puis ce fut au tour de la Grande Bretagne de s’éveiller. Impact planétaire ! Dans le sillage des Beatles qui avec “Rubber soul” venaient d’injecter de l’inédit, les Rolling Stones provoquèrent avec “Satisfaction” la déflagration que l’on sait, leur firent suite les Who, Kinks, Animals, Pretty Things, Yardbirds, Them et pour le romantisme, les mélodies et harmonies vocales des Herman’s Hermits, Fortunes, Hollies, Searchers, Manfred Mann, Zombies, etc. Moins tonitruant mais également moins mineur qu’il pourrait sembler, un certain éclectisme de la nouvelle vague hexagonale ne s’avoua pas en reste. Et tout ça ne faisait que commencer. Ce sur quoi, je me détachai de ce qui était devenu yéyé. Ma véritable histoire du rock pouvait longer le fort bel alignement de noms propres de l’histoire du rock proprement dite, en toile de fond “The times they are a-changin’” nous rendait à nous-mêmes.

avec Dana Gillespie


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   Feuilletant le riche album photo de mes tendres années : autant mon paternel avait vu rouge suite à cet achat de boots Chelsea, autant le blouson bombardier pour l’achat duquel il n’émit aucune objection, lui-même s’en était procuré un, n’enfreignait pas la respectabilité de l’image de soi à laquelle on aurait pu s’attendre de sa part. Peut-être mon père jugeait-il ce blouson suffisamment prolétaire pour n’y trouver rien à redire. Si la protection qu’offre le bombardier contre le froid est à l’avenant de son prix élevé, et au petit matin sur son cyclomoteur il lui fallait bien ça, de mon point de vue c’était surtout le vêtement des blousons noirs. Les distingués élèves du collège Saint Jean-Baptiste de la Salle où l’on m’expédia après l’EPIL ne s’y trompaient d’ailleurs pas qui me gratifiaient de leurs remarques acerbes. Trop fier de ne pas être des leurs je m’en fichais bien.
     Non moins paradoxale la permission de fumer, pour ne pas dire l’encouragement culturel, conférée par l’obtention du CEP. Auparavant était déjà acquis que je pusse de temps en temps m’acheter des cigarettes à l’eucalyptus à la pharmacie, là je disposais du blanc-seing autorisant la Gauloise, il faut savoir que dans les 60’s, la Gauldo n’était pas cause de cancer ! Je prends la balle au bond pour confier à propos de la classe ouvrière dont elle était l’égérie ce que Sacha Guitry disait des femmes : “je suis contre, tout contre”. Il n’y a d’ailleurs pas qu’au sujet de la classe ouvrière que je puis emprunter au grand auteur. Tant de choses ne valent d’être aimées qu’au prix d’accents discordants. Le rock en est une, fermons l’aparté.
     Sur une photo datée de Noël 1964, je tiens en éventail des disques de Danny Boy, Hugues Aufray, les Shadows et Johnny Hallyday. Sur une seconde du 28 octobre 1965, je tiens le 45 tours “Like a rollingstone” de Bob Dylan. Sur une troisième de juin 1966 je tiens un super 45 tours de Chris (Long Chris) avec le très dylanesque “Plan de fugue”. Sur une quatrième enfin, de 66 également, le super 45 tours des Yardbirds avec “Still I’m sad”, “Evil hearted you”, “I’m a man” et “I’m not talking”, Yardbirds qui avec ce disque devinrent sur le champ mon groupe d’élection. Je n’ai pas souvenir d’un groupe, surtout à l’époque où Jeff Beck y officiait, se coltinant le son avec une telle attaque. Dans quelque discipline que ce soit, se pose toujours la question “est-ce qu’il se passe quelque chose ?”. Avec les Yardbirds, ce qu’il se passait tenait à Jeff Beck qui était un guitariste qui savait tordre le cou de l’éloquence, le contraire d’Eric Clapton qui ne commença à m’épater qu’à partir de sa participation aux Bluesbreakers de John Mayall. Là où Clapton voulait jouer le blues comme avant lui B. B. King, Jeff Beck jouait comme Jeff Beck. À sa suite, Jimmy Page n’oublia pas de jouer comme Jimmy Page au contraire du successeur d’Eric Clapton au sein des Bluesbreakers, Peter Green, qui y joua le blues à la façon d’Eric Clapton. Mais ça ne durait pas, tout le monde finissait par trouver sa voie, Eric Clapton avec Cream, Peter Green avec Fleetwood Mac, Jimmy Page avec les New Yardbirds, John Mayall avec Mick Taylor entreprenant le blues comme Peter Green... Du côté de nos seize ans, c’est de toutes ces choses-là dont nous discutions pendant des heures, et c’était passionnant.
     À cette époque je n’en mourais pas moins d’un fébrile ennui. Je ne m’appesantirai pas sur le tohu-bohu des causes, l’adolescence est une telle prédisposition à ça — et puis j’étais loin d’être le seul — l’envie de rompre les amarres couvait. Lille ! Lille suintant les fumées hivernales crachées par les poêles à charbon, Lille qui avait déjà amorcé son déclin industriel et entamé une précarisation du travail que l’aura des trente glorieuses n’effaça pas. École, appareil idéologique d’État ! Famille, appareil idéologique d’État !... Jusqu’au jour de mai 1967 où Michel Drucker nous fit découvrir Jimi Hendrix à la télévision. L’ennui contré par l’inouï ! Archange ou Martien, le coup au cœur eût été identique s’il était descendu de tout là-haut en soucoupe volante. Jouer de la guitare avec les dents, ni chez les Zoulous, ni chez les Papous, ni chez les Mandchous, ça ne s’était jamais fait. Dans la classe, le lendemain, nous étions trois ou quatre à jubiler, pour ma part j’avais l’impression qu’il nous vengeait de toute cette noirceur, les autres n’avaient que propos infamants à son égard. La récession qui ronge la foi occidentale a gommé qu’il faut un zéro dans le dos pour viser l’infini. De par son caractère de totalité le plein aussi annule la plénitude, mais ce n’est pas le même vide.



avec Spooky Tooth


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     Eh bien voilà, l’école est finie ! Une page se tourne, nous sommes en septembre 1967, j’entre pour deux ans comme dactylo-facturier à la Cie lilloise des vins et alcools que tiennent trois membres de la famille Dambrine : Louis, le boss, un vieil acariâtre sourd comme un pot dont les mouchoirs sèchent sur tous les radiateurs, le très zélé Léon et un discret cadet. C’est pour avoir gobé un mauvais deal où apparaissait que mes capacités inclinaient davantage pour l’École des Beaux-Arts que pour le technique ou le commercial que je me retrouve dans un bureau minable avec des employés foldingues. Salaire mensuel de départ : 350 francs (environ 434 €). Dans le bureau Marie-Claude, ma supérieure d’un an mon aînée dont la minijupe est rituellement reluquée par le salace chef d’atelier. Dans son coin, le fumeur de pipe qui s’occupe des livres de régie s’appelle aussi Léon. Raymonde, une vieille dame unijambiste ne sert pas à grand-chose mais qu’un opportun brin de causette ne manque pas d’encourager. Dans le bureau contigu, Gilberte qui ne répugne jamais à la grivoiserie. Également Louis C., un ancien rexiste et une jeune secrétaire de la maison associée Choteau qui se plaît à venir s’asseoir sur ses genoux. Monsieur Casterman, le directeur, et sa fille qui le week-end tient le night-club Bachy Station. Une jeune Gertrude tout de bleu marine vêtue comme les filles du Lycée Fénelon. Jean-Pierre, un garçon de mon âge qui la journée finie met à contribution sa myopie dans la fréquentation assidue des pissotières de la Grand-Place. À l’étage les “deux vieilles” de la comptabilité, Andréa et Augusta sa subordonnée, ennemies jurées de l’ancien rexiste. C’est à cet étage aux carreaux cassés que le froid poussa mon service vers la sortie. Cet hiver 1968-69, j’y tenais des comptes sur une machine comptable délabrée avec des gants en laine.
Tout ce monde-là était pitoyable et drôle, et moi je planais, mon travail était très loin d’être efficient. Si j’avais eu le goût pour l’écriture j’aurais pu puiser la matière d’un roman bien déjanté, mais tel n’était pas encore le cas. Je planais et à la réflexion planer était l’exact moindre mal, ça laissait au brouillard le temps de se dissiper, la latitude de voir venir. Ce qui jusqu’à présent retenait mon attention, on l’a compris, c’est le rock. Comme pour pas mal de teenagers des faubourgs c’est, j’imagine, ce qui me tenait la tête hors de l’eau. Ce n’est pas donner dans un excès d’enthousiasme que de faire état de sa luxuriante polysémie : artistique, culturel, social, politique, et si la société de consommation participait de son devenir c’est dans la mesure des anticorps qu’elle généra. C’est peu dire ici que le rock était un bon indicateur, à la fois laboratoire et centre de production ; cette seconde moitié des sixties fut sa zone de turbulence par excellence et 1968 son épicentre.
     Maintenant que j’étais salarié, le droit de sortir en boîte m’était accordé... le dimanche après-midi jusqu’en début de soirée, mon argent de poche, le fameux “dimanche”, étant proportionnel au salaire que je rapportais. Je n’allais pas bien loin avec ça mais au moins y allais-je en Mobylette, une Mobylette abandonnée que mon père avait réglementairement gardée en dépôt et qu’il me donna au bout d’un an. Cette boîte, point de chute de toute la jeunesse métropolitaine de mon âge, s’appelait l’Alvarez, plus exactement Cavern’ du Rythm-Club Alvarez, sise à côté des Bains lillois, boulevard de la Liberté. Y passaient des groupes qui étaient des tribute bands avant l’heure. Les Five Beats jouaient le répertoire des Yardbirds, les Extrems Jimi Hendrix, les Wags les Who, les Things avec l’ami Alberto à la guitare avaient un répertoire rhythm’n’blues, Yannick Dooghe leur chanteur les quitta pour rejoindre Think Now au répertoire pop-rock, plus tard Think Now, tel Janus, se dédoubla en Bérénice avec Bernard Lernoult alias Dave au chant. Quant aux Yells dont le guitariste solo Éric Dumez avait été élève dans la même classe de seconde que moi, leur répertoire reprenait VIPs, Kinks, Spencer Davis Group. Il ne manquait à ces groupes que de s’attaquer à la composition pour s’offrir l’originalité qui aurait fait la différence, mais cette chose si évidente n’était pas encore dans l’air du temps. Quand, sous l’impulsion de groupes comme les Variations ou Martin Circus première mouture le temps des adaptations se mit à passer de mode, ce dut être subitement trop tard pour nombre d’entre eux, c’est ainsi qu’aucun ne se professionnalisa hormis le second guitariste des Five Beats qu’on retrouva dans l’éphémère Anarchic System.

avec The Zombies


lundi 5 novembre 2018

Parution : Denis Ferdinande, Astéroïdes, Ed. Atelier de l'Agneau




EXTRAIT 1
" « La limite n’est que seuil pour un dépassement futur, celui du lendemain même. » Après franchissement de cette zone, les quartiers historiques de la cité, l’ardoise des toitures où se reflète aveuglante ce jour, la lumière du soleil, puis tout un jeu de places à l’ombre de palmiers*, reliées par des venelles jamais empruntées encore. Presque, il voudrait qu’elles fussent à jamais préservées de son pas, espace d’inconnu qu’il se constitue, et sans lequel la cité se refermerait brusquement."
EXRAIT 2
" il résulte peut-être une suspicion projetée sur toute phrase telle qu’elle se structure grammaticalement [il rêve, on le saura, de temps qui jamais n’eurent ni n’auront lieu, inconjugables sauf à élargir la grille des temps], syntaxiquement. 2. La possible destruction du papier, telle serait l’autre crainte, et il y a sans doute hâte, mais comment attendre, ne sait ce qu’il ferait si s’interposait venant d’elle, entre elle et lui quelque carte du tendre, n’ayant pas idée du tendre dans l’attendre, qu’elle appelle murmure- t-il qu’elle appelle même sur l’instant si cela lui est possible, et voyons-nous faisons l’amour, "



"Denis Ferdinande annonce la fin de l'art romanesque et pour cela entrave sa tentative de faire évoluer son personnage par 78 notes. C'est un peu le monde du roman contre celui du poète. Cependant, on pourra y lire une nuit amoureuse et l'errance d'un personnage. Son écriture est très aboutie, un plaisir de lecture même s'il faut renoncer à la linéarité puisque le but est de la contrer.
Les astéroïdes, corps lumineux évoquent aussi le chaos...
Une découverte, bien que ce soit le 6ième livre de cet auteur et qu'il soit peu connu, il mérite qu'on s'intéresse à ses expériences d'écriture." Oboldai (on Babelio)

Pour toute commande :
Editions L'Atelier de l'Agneau
1 Moulin de la Couronne 
33220 St-Quentin-de-Caplong

16 euros

Cinéma : Julien Ferdinande - Rouleaux de paille



mercredi 3 octobre 2018

Parution : Guy Ferdinande, Espèce de dédale pour temps présents, L'Ane qui Butine, septembre 2018





Guy Ferdinande ~ Espèce de dédale pour temps présents
agrémenté de seize dessins de l’auteur
Collection Xylophage


144 pages au format 15 x 19,2

Toute commande auprès de anequibutine@gmail.com

Éditeur : L'Âne qui butine

ISBN : 978-2-919712-07-6

Prix : 22 € (frais de port inclus)