Parution : Annie Wallois, Les Versets de la marche, Juillet 2017 (5 extraits)







Haleine


Pointer le jour dans un lent fondu enchaîné     surgir de cette latence     sous la friction d’un vigoureux matin     retrouver soulier à son pied     le liège de préférence au plomb qui pourtant se plie     chercher le chemin     que nul ne connaît       fortifier un grondement bourru en soi           prendre haleine au vent dans la ramure     s’avancer dans le demi-jour entrouvrant les forêts     sans merci pour le carabe sous la dalle du pied     s’abattre sur un lit de feuilles noircies     défaire ses humeurs     



Sang


Partir   tout de suite     la route bombe     le jour neuf te soulève     la lumière te presse     fait reluire ta peau     vite t’en aller muscler cette envie de t’affranchir du carcan     de te quitter     l’air a le goût sucré des prémices     le silence en ces minutes     prélude au défilé des heures     est ciselé de pépiements     partir avant le grondement du  train     faire le premier pas     celui qui brise     le sang sera bon conducteur des suivants     l’enfilade des pas ira d’elle-même     l’arrière-plan de la pensée reculera 




Souffle


Tu portes ton existence en bagage le long des sentiers     tu essuies une bruine de sueur au front     parfois un fruit blet tombe aux pieds déjà tuméfiés     bientôt une colonne d’arbre flanque tes chairs  palpitantes     mais de très loin là-bas monte le galop d’une foule qui laboure le sable     dans une lumière aveuglante     où les obstacles n’entravent la marche que de leur miroitement     ta vie funambule jusqu’alors tenue dans un halètement     se sent emportée dans la respiration universelle




Peaux


Peaux ravagées de ciel froid ou brûlées au plomb de l’été     visages cuivrés     dos tatoués d’étoiles     les exilés fendent l’air     obéissant à une faible lumière en eux     qui les mène là où ils ne  savent rien     passent les eaux     avancent en  houle sur la piste     vers les confins hérissés de barbelés     auxquels resteront suspendus des chiffons gris     floutés dans le brouillard     empalés sur les grillages     enserrant les territoires interdits     qu’ils s’acharnent à déplacer avec eux




Oreille


Loin devant les yeux fuit le tracé tortueux des chemins     la distance parcourue  pèse en kilomètres    se mesure au lest des heures dans la jambe     l’allure se relâche peu à peu jusqu’au dernier cran     tu puises de quoi poursuivre au plus secret de ta force     la butée d’un caillou serait un défi à la vie que l’exténuation entame     tu avances tête inclinée vers le sol     où se déploie la population des minuscules     et voilà que ton oreille se mouille de sons     mimant un vol d’insectes     une petite musique te sillonne     le corps aspiré s’allège





Versets de la marche, Annie Wallois
Paru en juillet 2017
aux Editions Henry
Collection La Main aux poètes
F 62170 Montreuil-sur-Mer
71 pages - 8€



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