Galerie La Petite Renarde Rusée

samedi 7 janvier 2017

Michel Valprémy (1947-2007), Journal 1 & 2, parution

Publié par les Editions Les Amis de Michel Valprémy, le Journal 1 (1965-1980) est paru en 2015, le Journal 2 (1980 - 1984) en 2016. Le 3 et le 4 paraîtront en 2017 et 2018.



Journal 1, préface de François Huglo

UN SÉDIMENT SECRET

Le récit de la genèse du journal de Michel Valprémy figure dans son entretien avec Christophe Petchanatz, publié dans le Dépli amoureux en mai 1989 et repris dans la monographie éditée dans la collection les Contemporains favoris en 1991 : « Il y eut d’abord un Carnet du désir où je réunissais les passages érotiques des livres qu’on me prêtait (Miller, Tropique du Capricorne) et une sorte de catalogue exhaustif de mes lectures que je résumais avec soin (nombreux ouvrages sur les religions, l’ésotérisme). Puis les deux cahiers se mêlèrent, les commentaires s’étoffèrent. En 65, mon journal ne contenait plus les scènes licencieuses ; les notes de lecture (sans condensés), les observations personnelles sur la vie quotidienne, la famille, les rencontres, l’amour, alternaient avec les poèmes, les premières fictions brèves. Il s’agissait de faire bloc, un ensemble compact, loin de tout éparpillement. Je n’ai jamais cessé de tenir un journal qui a perdu sa forme monolithique, mais n’en demeure pas moins le sédiment de mon travail (…). Il doit bien y avoir une raison, ou plusieurs ; un point de départ, ou plusieurs. Je dirais tout de go : écrire pour me reconstituer un corps ». Pas un corps pour la galerie : aucune complaisance, nul étalage ou déballage en ce journal que, toute sa vie, Michel a tenu secret. Plutôt un corps pour après, discipliné, forgé à la barre, comme celui de Valprémy danseur du Mandarin merveilleux : « Je ne fus plus moi, ni l’autre, mais double, moi et l’autre, moi montrant l’autre » (Jouir sans glose). Un corps plus viable et plus vivant que le vivant (ce qui n’était pas écrit n’était pas vraiment vécu) : « Je sais que je ne détruirai pas (mon journal) (…) ; il a occupé une trop grande place dans ma vie. Il est sûr cependant que je ne publierai rien de mon vivant. Après moi, vogue le radeau » (Lettre à F.H., le 30 août 2004). Poète de sept ans, décidément et définitivement (Rimbaud forever), « pressentant violemment la voile », ou, « frêle comme un papillon de mai », bateau ivre qu’ « un enfant accroupi plein de tristesse lâche ». De ce projectile vigoureuse et fragile armada de papier l’aventure commence.
La présente édition rassemble tout ce que Michel Valprémy a conservé et dactylographié de son journal de janvier 67 au 15 août 80, avec les notes ajoutées au cours de relectures ultérieures pour signaler un changement d’appréciation, prendre distance, mesurer l’écart sans sacrifier celui qu’il était à celui qu’il est devenu. Michel Sauquet et moi avons saisi, avec l’aide de Claude Martin, la dernière partie, restée manuscrite. Des extraits du journal (65-68, 91) ont été publiés par la revue L’intranquille . (F.H.)




JOURNAL 2, préface de François Huglo

LA FORME D’UNE VIE

Art de vivre, art d’aimer, art d’écrire, sont inséparables dans le Journal de Michel Valprémy, à la fois éthique et traité des passions sous forme romanesque et théâtrale : portraits et scènes composent une comédie humaine observable dans le prisme de « petits noyaux » certes différents de celui des Verdurin mais le Narrateur du Journal peut rappeler celui de Proust, ce « Pétrone ingénu » selon André Maurois.
Le diariste se savait romancier : « Je relis quelques fragments de mon Journal. Je me suis presque toujours attaché à l’évolution anecdotique de l’histoire. Je ne me le reproche pas, les notes quotidiennes "conservaient" le fait, le "p’tit geste". Clichés, diapositives, garde-souvenirs, réservoir de notes pour les textes plus élaborés » (juin 83). Loin de tout épanchement complaisant, le Journal recèle le meilleur des premières années d’écriture : « En fait jusqu’à trente ans je n’ai fait que très mal écrire, à quelque(s) exception(s) près (le Journal peut-être) » (mai 84).
Un seul exemple de portrait : « Clo défait ses sacs et l’Asie se répand dans la pièce » (janvier 82). « Avec Clo on s’éveille à Goa, on déjeune au Népal, on fait la sieste au Kazakhstan et dîne dans le Cachemire » (septembre 80).
Autrui devient personnage, le diariste narrateur, parce que Valprémy, dans l’observation comme dans l’introspection, valorise la singularité : « En fait l’introspection chez moi c’est ce qui dure, le comportement par contre tend à s’adapter aux impératifs de l’autre jusqu’à la défigure. Quand l’analyse est niée ou trop affaiblie pour valoriser la singularité, c’est la cassure, ce qui m’est arrivé » (juin 81).
Il s’agit bien d’une éthique, de l’effort de persévérer dans son être que Spinoza appelle le « conatus », et qui chez Valprémy distingue l’orgueil de l’ambition : « Je ne suis pas suffisamment ambitieux (on me l’a souvent fait remarquer) mais j’ai l’orgueil de croire que chaque jour (au présent) je dois et peux, anonyme, me prouver que je suis » (août 83). Cet effort se traduit en particulier dans l’ « effort au style » par lequel Mallarmé définissait le vers. Art de vivre, art d’écrire : l’un passe par l’autre. « C’est bien dans la littérature que j’ai le moins triché ou, pour le mieux, que j’ai, seul, touché à la plus grande honnêteté, intégrité. Ce que j’ai renié, la presque totalité de dix années de travail, n’étaient que des "phases de brouillons" qui me permirent, plus que d’arriver à une certaine maturité d’écriture, à m’accepter dans mon corps, dans mes relations, dans ma vie » (mars 84). Forme d’une vie et temps d’écrire tentent de se rejoindre. « Midi. Je sais. Importe la forme. D’une vie. La mienne. Se souvenir de l’île, de la cellule de l’ascète. Noces des rigueurs et du poème. Comme un instinct. À trop diffuser on brouille les ultimes pistes —Certitude. Le temps de l’autre sera choisi en privilège (ou dans l’appel). Ô vigilance du silence ! » (mai 82). « On ne me séparera plus du temps d’écrire » (juillet 82).
Passion d’écrire et passion amoureuse se conjuguent dans la valorisation de la singularité : « Pierre est l’une des rares rencontres importantes de ma vie, davantage que d’autres passions puisqu’elle engendra des possibilités de joie, d’exaltation en elle-même, par elle-même (…) il me révèle à moi-même, à la vie » (décembre 81). On pense aux proustiennes « intermittences du cœur » en lisant : « Quel est le rouage de nos attachements ? Quand s’emballe-t-il ? Quand s’enraye-t-il ? Qui jette du sable ? Qui graisse les poulies ? ». La « force de séduction » qu’on reconnaît à Michel, vécue comme une revanche, provoque une jalousie, proustienne elle aussi, face à laquelle il se sent, comme il le dira du peintre Luc Lauras, « coupable de son innocence ». La machine infernale de la jalousie est celle de la dévalorisation de soi. Valprémy considère plutôt la passion comme un projecteur, qu’il déplace : « Éviter l’illusion du "tout l’un pour l’autre" car la passion n’éclaire jamais toutes nos facettes, même si la soudaine mise en lumière de l’une d’entre elles nous fait croire à la révélation globale, exhaustive, de notre être. Pas de pactes, de serments, de promesses, qui tracent par avance un chemin. Aimer, c’est rendre l’autre plus libre, plus aventureux aussi, qu’importe si l’horizon, le grand large, nous échappent, n’est-il pas plus vrai de se situer à la source ? ». Conclusion : « Martin, vous êtes le roi des cons. Arrêtez de porter les stigmates. Vous avez tout pour vous (…). Alors, brûlez votre navire désespéré, posez vos pieds sur la terre, marchez, regardez à droite, à gauche, retrouvez le sourire et l’on viendra à vous. Vous n’avez de compte à rendre à personne, surtout pas à moi » (juillet 82).
« Je crois à la vie déliée » (mars 82). Cela nous ramène à la danse, aux « scènes de la vie théâtrale » comme dirait Balzac, et aux cours donnés à l’amicale laïque d’Eysines. « Je crois qu’avec l’âge j’ai appris à mesurer mon travail, c’est-à-dire à concentrer mes forces et qu’un meilleur élan peut surgir » (janvier 83). Mais « Au théâtre en 85, je partirai au bon moment. Les finales des opérettes (les mêmes depuis 11 ans), concentrés de débilités, ne sont plus accessibles à bientôt 37 ans. Et puis les prouesses techniques n’ont jamais été mon fait, encore moins désormais. Il n’y a plus rien à jouer, là était, je crois, mon meilleur » (mai 84). Mais parmi ses élèves il observe encore une comédie humaine, et s’efforce encore à valoriser la singularité : « On remarque déjà les vieillards prématurés, les princesses intouchables, les commerçants, les séducteurs. Donnons et n’attendons rien » (novembre 84).
Y a-t-il de la chorégraphie dans la pornographie ? « Toujours surpris par l’élégance des gestes les plus osés » (mai 82). Mais « Si je rends ces détails du "commerce extérieur" d’une manière systématique et en fin de compte banale, c’est parce que la trouille est là, trouille de ne plus connaître cet accord spontané dans l’histoire d’amour. Trouille et sans doute résurgence d’une ancienne culpabilisation. Trouille et manque. En exprimant ces fragments d’une sexualité frustrée je me donne l’impression, sans me convaincre vraiment, d’une plénitude » (1983).
La seule supériorité du Journal de Léautaud sur celui de Gide est sa plus grande crudité : « Cette causticité me plaît ainsi que ce qu’il ose dire de son corps, de son sexe, à la différence de Gide, celui qui fait un pas en avant puis deux en arrière ». Léautaud parle de littérature et de lui-même « avec cette ironie, cet esprit chers à son idole (le mot n’est pas exagéré), Stendhal » (avril 84). Mais « Ce Journal n’aura jamais la valeur de celui de Gide parce qu’il touche rarement à l’universel et se contente pour la plupart de petites histoires de l’édition, de ragots et de potins » (mai 84). Autres lectures où s’exerce l’art d’écrire, Petits métiers de Tony Duvert : « Quelle nostalgie de l’enfance, recomposition des rêves, sketches, jeux dans l’imaginaire. Des fables, et le moraliste en filigrane, presque insidieusement » (octobre 81). Les aventures singulières de Hervé Guibert : « Beaucoup apprécié (…) L’anecdote au sens strict, pas de grandes esquisses, une gravure de détails, du rien. Toujours la présence de celui qui écrit. Un critique se demandait, dans le Nouvel Observateur, si Hervé Guibert était un écrivain. Encore faudrait-il définir ce qu’est réellement, objectivement un écrivain, ce qui est sûr c’est que chez lui le fait d’écrire est la preuve que l’événement, l’histoire sont vécus. Nécessité suffisante » (août 82). Michel, qui a publié dans la revue Minuit, rencontre Mathieu Lindon et Hervé Guibert à « La Machine à lire », librairie bordelaise : « leur tolérance est exemplaire, aucune théorie pontifiante » (avril 82). Le professeur de Michel, Monsieur Saint-Girons, vise juste quand il lui écrit : « C’est surprenant, ces deux aspects, l’expression poétique résolument moderne qui m’est étrangère et la prose claire et expressive que vous réussissez si bien ! ». Michel précise : « Je tiens à cette ambivalence qui n’est pas une dualité » (octobre 84). Il rencontre Didier Moulinier : « Mes collages paraissent dans la Poire d’Angoisse, hebdomadaire gratuit. Ça m’amuse beaucoup. Je l’accompagne jusqu’au studio de "la vie au Grand Ertz" où il présente son émission "l’oreille cassée". Ce soir la Beat Generation. Entre deux séquences pornos sonores (il les a enregistrées dans un cinéma) on entend Burroughs chanter » (novembre 84). Une autre aventure commence. (F.H.)

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Editions Les Amis de Michel Valprémy
2200 route des Acacias
33141 Villegouge
Tél : 05 57 84 41 88
Email : p.valpremy@orange.fr

Journal 1, 430 pages : 24 € (port compris)
Journal 2, 473 pages : 24 € (port compris)




 

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