Galerie La Petite Renarde Rusée

vendredi 8 août 2014

Poèmes : Nathalie Handal, Confessions at Midrange / Confessions à mi-chemin (Voix et visages de Palestine, 8 poèmes)


The Voices and Faces of Palestine - Summer 2014
Voix et visages de Palestine – été 2014




Confessions at Midrange

My heart has telescopes
my eyes have invisible streets
my portrait is of a nation
with a hundred square feet of clouds—
maybe god is a country
my eyes can’t see.


Confessions à mi-chemin

Dans mon cœur des télescopes
dans mes yeux des rues invisibles
mon portrait est celui d’une nation
sous trente mètres carrés de nuages –
dieu est peut-être un pays
que mes yeux ne peuvent voir.




Turka

They ask me who I am,
they ask me where I’m from—
how do I explain
from where Jesus is born
except I’m not allowed
to reach his church

Who am I if I can’t be
with my olive groves
who am I
if I can’t find Mohammed
in my prayers
can’t reach Jesus

I am from the Teqoa
and the Dead Sea
from Bethlehem
and Jerusalem—
Dar Handal,
we grow everywhere here,
Dar Talamas,
our ancestors were translators,
so I translate this for you—
I am who I’ve always been
and behind my prayers
are windows
with a city
of endless verbs.


Turka

Ils me demandent qui je suis
ils me demandent d’où je viens –
comment expliquer
d’où Jésus est né
sauf que je n’ai pas le droit
d’aller dans son église

Qui suis-je si je ne puis
demeurer près de mes oliviers
qui suis-je
si je ne puis retrouver Mohammed
dans mes prières
ne puis atteindre Jésus

Je viens du Teqoa
et de la Mer Morte
de Bethléem
et de Jérusalem –
Dar Handal
nous avons grandi partout ici
Dar Talamas,
nos ancêtres étaient des traducteurs
aussi je vous traduis ceci –
je suis qui j’ai toujours été
et derrière mes prières
il y a des fenêtres
avec une ville
aux verbes infinis.




Country

The radio was stuck
between two stations
when you told me
you sold
the only thing that
mattered to you.
I said nothing.
We’d been together for years
and I had no idea what you sold
nor what was playing
along the long blue sky
we both insisted was ours.


Pays

La radio était bloquée
entre deux stations
quand tu m’as dit
que tu avais vendu
la seule chose qui
t’était chère.
Je n’ai rien dit.
Nous avons vécu des années ensemble
et je n’avais aucune idée de ce que tu avais vendu
ni de ce qui se jouait
au long du long ciel bleu
que nous persistions tous deux à dire nôtre.




Gaza

Once in a tiny strip
dark holes swallowed hearts
and one child told another
withdraw your breath
whenever the night wind
is no longer a land of dreams


Gaza

C’était dans une étroite bande
où des trous noirs engloutissaient les cœurs
un enfant dit à un autre enfant
retiens ton souffle
lorsque le vent nocturne
n’est plus dès lors une terre de rêves




The Gazans

I died before I lived
I lived once in a grave
now I’m told it’s not big enough
to hold all of my deaths


Les Gazaouis

Je suis mort avant de vivre
J’ai vécu une fois dans une tombe
maintenant on me dit qu’elle n’est pas
assez grande
pour retenir toutes mes morts



Tiny Feet 

A mother looks at another—
a sea of small bodies
burnt or decapitated
around them—
and asks,
How do we mourn this?


Tout petits pieds

Une mère regarde une autre mère –
un océan de petits corps
brûlés ou décapités
tout autour d’elles –
et interroge,
Comment pleurer cela ?




Night Sky Orange
from The Gaza Box

I read your book of myths—
did you ?
I checked the mirror for your face—
did you ?
I checked the ruins and the even larger
ruins in your heart—
did you ?
I memorized the shape of black smoke
and the orange sky in every tiny corpse—
did you ?
I checked if loneliness was what the body
turns to when death is all it has—
did you ?
Did you think of your wife the evening
you killed mine ?
And unexpectedly,
an image of your son will cross
your mind,
you will question why
you’ve come after all,
you will breathe differently,
words will no longer be able
to map your crimes.
I checked for the damage in my flesh
— did you ?
I found my way back to the scene
in the book
where you erase my name
as it keeps reappearing,
don’t you know,
such letters always revert back
to its original form
so look at me in the eyes
before we both perish.


Ciel Nocturne Orangé
Extrait de The Gaza Box

J’ai lu ton livre sur les mythes –
et toi ?
J’ai testé le miroir pour ton visage –
et toi ?
J’ai passé les ruines en revue et celles, plus vastes, dans ton cœur –
et toi ?
j’ai gardé en mémoire la forme des fumées noires et le ciel orange dans les plus infimes cadavres –
et toi ?
j’ai vérifié si la solitude était ce que devient le corps quand la mort est son seul bien –
et toi ?
As-tu songé à ta femme le soir où tu tuas la mienne ?
Et de manière inopinée,
l’image de ton fils traversera
ton esprit,
tu te demanderas pourquoi
tu es venu en fin de compte,
tu respireras autrement,
les mots ne seront plus capables
de dresser la carte de tes crimes.
J’ai fait le compte des dégâts dans ma chair
– et toi ?
J’ai retrouvé la scène où
dans le livre
tu effaces mon nom
qui s’obstine à réapparaître,
sais-tu que ces lettres sont de celles qui retrouvent toujours leur forme originelle
alors regarde-moi dans les yeux
avant de périr l’un et l’autre.




Imaginary World with Twelve Birds
from The Gaza Box

There is moonlit
in my box
can you give it to me
There are hours
in my box
can you give them to me
There is a world
in my box
there are twelve birds
in my box
can I fly with them ummi
…………………
There is a picture
of my son
in his box
can I see it
before the men arrive
before the floor shakes
before they take my heart
tell them
our souls will leave our torn bodies
but we will never leave
we will multiply in their souls


Monde Imaginaire avec Douze Oiseaux
Extrait de The Gaza Box

Il y a du clair de lune
dans ma boîte
peux-tu me le donner
Il y a des heures
dans ma boîte
peux-tu me les donner
Il y a un monde
dans ma boîte
il y a douze oiseaux
dans ma boîte
puis-je voler avec eux ummi
…………….
Il y a une photo
de mon fils
dans sa boîte
puis-je la voir
avant que les hommes n’arrivent
avant que le sol ne tremble
avant qu’ils ne prennent mon cœur
dis-leur
que nos âmes quitteront nos corps déchiquetés
mais que nous ne partirons jamais
nous nous multiplierons dans leurs âmes




Traduction : Patricia Nichols et Marc Delouze


*

Nathalie Handal
Poète et dramaturge d’origine palestinienne, née à Bethléem. A grandi en France et en Amérique latine. Etudes aux États-Unis, en Grande-Bretagne et dans le monde arabe. Parmi ses livres les plus récents, Poète en Andalousie, Language for a New Century : Contemporary Poetry from the Middle-East, Asia and Beyond et Love and Strange Horses, (Médaille d’or Independent Publisher Book en 2011). Ses pièces les plus récentes ont été mises en scène à la John F. Kennedy Center for the Performing Arts, le Bush Theatre et Westminster Abbey, à Londres. Elle signe la chronique La ville et l’écrivain du magazine World without borders. 


From the Wild River Review Archives: Love and Strange Horses - An Interview with Nathalie Handal

POETRY & PHOTOGRAPHY - Confessions at Midrange: The Voices and Faces of Palestine - Summer, 2014

D'autres poèmes de l'auteure dans la revue en ligne Literature across frontiers :
—> Nathalie Handal sera à l’Institut du Monde Arabe de Paris, pour les interludes poétiques de Palestine, ce 25 septembre: http://www.imarabe.org/jeudi-ima/interludes-poetiques-de-palestine


***

Merci à Patricia Nichols et Marc Delouze d'avoir autorisé la publication de ces poèmes qui leur sont parvenus de Gaza et dont ils ont fait eux-mêmes la traduction.
Reçu leur mail ce vendredi 8 août 2014 : « Notre amie poète Palestinienne Nathalie Handal vient de nous envoyer 8 poèmes de Gaza, où elle s’est trouvée enfermée par les événements…
Ecrits en anglais (N. H. vivant principalement aux Etats-Unis), nous vous en présentons une traduction (avec son accord après lecture) que nous espérons la plus fidèle possible.
Il s’agit d’une Petite Pierre Poétique Pour la Paix : la seule que, d’ici, les poètes peuvent tenter de poser sur les terres en flammes… »

Marc Delouze et Patricia Nichols
Voir leur site :  Les Parvis Poétiques






Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire