Dan Ferdinande, A la volée (recueil)



Je descends les escaliers en portant Le Paradis - un peu plus loin, de Vargas Llosa J'ai le sentiment de porter un monde, c'est toujours un monde un livre mais là c'est… le Pa-ra-dis !




Après le repas il nous passe la 2ème partie de L'Anneau des Nibelungen, La Walkyrie en vidéo. Dans cette version les dieux, Wotan, Fricka et les autres ont peu de relief habillés en costumes du 19ème siècle, mais peut-être les fallait-il ainsi pour les montrer pitoyables.
Je sifflote.
Lui : T'iras pas à Bayreuth, si tu siffles, imagine un peu tes voisins !
Je baille.
Lui : T'iras pas non plus à la Scala !
Je ris.
Lui : Tu finiras au Café de la Fontaine si tu continues comme ça !
Je m'endors avant la fin (mais je reprendrai demain).





La chatte a toute la maison pour elle, de la cave à notre chambre au troisième sous le toit. Sans cesse, tout comme nous, elle monte et descend les étages en quête d'un lieu où se prélasser ou bien pour grignoter ou juste pour passer, pour regarder. Nous nous croisons vingt fois par jour à un étage ou à un autre ou bien dans l'escalier.





Dans le bureau du deuxième étage Chichi vient de se pelotonner au fond d'un très petit carton. Il pleut. Il fait gris.
Il dit en regardant par la fenêtre que c'est terrible l'hiver. Je lui suggère de regarder vers l'intérieur où la lumière est dorée.
En fin d'après-midi il m'offre un thé pour me réveiller après une sieste d'une heure et un peu de lecture. Il me conseille de prendre des vitamines si je veux sortir, aller marcher ou faire du vélo. Mais je n'en ai plus le courage. – Bon et ben à tout à l'heure pour les spaghettis, dit-il. – Tout à l'heure ? mais il est 16h45 ! – Ah bon ? à dans deux heures alors, vers 19h00. – Deux heures ? On se verra quand même ? – Tu monteras lire dans le fauteuil. – Pourquoi ? Tu ne descendras pas me voir ? – Et toi tu ne monteras pas me voir ? – Rires. Vers 18h15 je l'entends descendre. – Tu fais cuire des poireaux ? – Non, le potimarron. Puis il remonte. – Tu remontes ? – Oui, pourquoi... ?
Il redescend à 18h45, met le CD de Manon de Massenet et lance la cuisson des spaghettis. La nuit est bien tombée maintenant.




En rentrant de la manif je me verse un ballon de vin rouge, je coupe deux rondelles de saucisson et vais m'installer dans le fauteuil de son bureau, un carnet de notes à la main.
Très peu de temps après il m'invite à monter voir le paysage à l'étage au-dessus.

Tu veux que je t'attende ?
Quoi ?
Tu veux que je t'attende dans l'escalier ?
Oui j'aime bien que tu m'attendes dans l'escalier.

Pour souper nous préparons des pâtes au safran.





Mais tu ris toujours toi ! me dit-il.
Il est venu installer sur mon ordinateur deux petites baffles pour que le son soit meilleur.
Il me demande : Tu ne t'ennuies pas ?
Mais non je ne m'ennuie pas, mais pas du tout alors. Je suis heureuse d'être ici avec lui, dans nos murs, avec la musique, l'écriture, les livres, le jardin, la chatte.
« I've got rhythm, I've got music, I've got my man, who could ask for anything more » ainsi que le chante dans son Blues Ethel Waters.
J'écoute Billie Holiday et autres divas du Jazz.





En rentrant d'une balade à vélo je bois un bol de chocolat mélangé à de la chicorée. Puis je prépare une boîte de pois chiches avec de l'ail, de l'huile d'olive, du basilic et un peu de carvi en grains et... j'en dévore aussitôt la moitié, le vélo ça creuse ! Je continue par une soupe de légumes de la ferme. Et quand tout est prêt je crie dans l'escalier : C'est prêêêt !





J'étais en train de couper des rondelles de tomates quand il m'a entraîné dans les escaliers. Je ne monte pas souvent aussi vite les trois escaliers qui mènent à notre chambre mais là il me poussait. La voix de Roger Chapman a donné le rythme.
Un battement léger rapide et régulier sur les marches entre le deuxième et le troisième : la chatte nous a rejoints.




Le temps s'étant éclairci je descends à la cave pour vider l'eau qui l'a envahie depuis quelques jours. Jécope. Jécope, j'enlève 4 cuvettes pleines d'eau.




J'aime beaucoup être au rez de chaussée finalement car ainsi le jardin est à ma porte.




Il a neigé cette nuit et il neige encore. La neige est arrivée tôt cette année, c'est la fin novembre.
Je n'ai pas recouvert les plantes, le chèvrefeuille et il apparaît encore les taches rouges de trois roses au bout de leurs longues tiges aux feuilles saupoudrées de blanc.
À la mi-décembre les roses sont toujours là accrochées au bout de la tige, figées.





Avec un turban tu ressemblerais à un Maure.
Un mort vivant ?
Un Maure très vivant.
Et s'il était mort ça ferait quoi ?
Un Maure mort. Tiens ça ressemble à du Michel Ohl ça. Il faudra que je le lui dise.




Tu sens la pomme...
Tu sens la banane...
Tu sens le gingembre ?
Tu sens le chocolat !!!
Et ainsi de suite d'une fragrance à l'autre
au fil de la journée
sur ses lèvres




Le rouge-gorge qui sautille dans le jardin semble faire éclore la tête de la première jonquille, en tous cas il me la fait découvrir, je ne l'avais pas remarquée.
L'hiver est derrière nous alors.






(Recueil Les Dé/mailleuses, 2012)






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