Galerie La Petite Renarde Rusée

jeudi 11 octobre 2012

David Van Robays / Hervé Fléchais, extraits


Avec leurs gros sabots

    Pénétrer l’âme du peuple à la chignole, c’est le fantasme de tous les candidats à la députation. Ces argousins, qui ont au menu autant de gros mots que de longues intentions - ouille ! -, devraient pourtant savoir qu’on n’entre pas dans la carafe d’un électeur via la trompe d’Eustache ou le gros intestin avec une mèche de 16 et un tube de vaseline - aïe !

Selon toute apparence une idée transmigre
de noumène en noème couve, germe et mûrit
comme le sentiment éprouvé lors du premier baiser posé
sur le calice de la première fleur cueillie
(elle s’appelait Rose
et avait un grain de beauté bien placé)



La doxa ksava, ksava… une valse contre la sarabande. Péronistes de tout poil 
– il y en eut de gauche, paraît-il –
alors dis, les bravaches* c’est un type n’est-ce pas !
Atermoiements pénibles, il faut s’attendre à voir les jours tanguer sous le poids de l’expertise.
Bilan globalement positif, disait l’autre.

*il faut laisser les bravades aux comanches et enlever les commandes aux bravaches.



#

Big-bang
Les étoiles qui tapissent la nuit
sont comme ces fleurs qui tapinent dans le noir
frissonnantes car pleines de crampes
lasses d’être perchées depuis des lustres
sur des talons trop hauts
fatiguées d’attendre le passage
improbable
de la comète cyclopéenne
qui d’un coup de queue les projettera
loin des trottoirs glissants de la Voie lactée




Subito al cielo… il n’aime pas les ragots, ce gars-là. C’est une performance, évidemment ;
si vous n’y voyez rien qu’une romance (ou une chanson sirupeuse), tant pis on vous aura prévenus.
Amphibologie, j’aime bien les mots, les eaux troubles, David itou.
Nous sommes perdus ; la lumière extatique, nous attendons l’obscurité d’êtres perfectibles, à jamais éloignés.


#

Deux communistes

   L’onaniste rejette la conception hermétique de l’acquis, du capital. Il disperse aux quatre vents son trop-plein d’humanité par petits paquets.
   L’exorciste ne tolère aucune possession, aucun usufruit. Il extirpe au forceps le trop-plein d’altérité des âmes en peine.
   Ces deux jouisseurs ont brisé le dernier verrou moral que la force des choses avait élevé depuis belle lurette au rang de vertu économique :
l’impossibilité de sortir de soi et de donner

À ma connaissance surgie de nulle part, le dessein de la servante
comme il existe une façon unique de dire que quelqu’un me regarde. Front contre front,
quelle tendresse parmi les gouttes de la sueur ? Il y a du travail,
ce tribut aux accès de découragement et – sauf à ne rien laisser paraître –
une apparence trompeuse dans l’externalité du savoir.

 #

En vase clos
À corps perdu
dans son intégrité
l’hermaphrodite
se trompe de sexe
se gratte la tête
relit Freud et Lacan
(en cachette)
puis tourne en rond



Tu parlais – il y a un instant – puis tu t’accordes maintenant au silence en résiliant le contrat.
Tous les bateaux se tournent vers toi et à ce moment, alors qu’encore immature,
tu règles les derniers préparatifs du voyage, 
plusieurs têtes sans corps prennent place à l’intérieur de tes pensées.
Le chaos est souvent improvisé, on dit que la musique se promène de mât en mât.


#


L’euro tue l’amour

J’avoue
j’ai manqué à la bienséance
en proposant à Ophélie
un soir d’été
une banane contre une pipe
derrière l’église
Heureusement pour moi
elle accepta sans broncher
l’échange
puisqu’il ne s’agissait pas
au bout du compte
de la transformation d’un sujet
en objet
par l’entremise
d’une devise

Malgré qu’on en ait, la transformation – nettement allégée – de cette nourriture va. 
Frêle Majesté, une fois les pieds dans l’eau ; immobilité parfaite et les insectes forment une gaze
et donnent l’assentiment. Ça n’est pas une charge, le nom reste utile pour un temps dévolu.
Le charme de la rose est accentué par les détours du discours.
Cela existe, cela est un ordre ; une démesure expiatoire.
 #


Poste restante
Sachez que les nuits de grandes manœuvres métaphysiques je pousse mon identité vers la sortie, je la mets à la porte à coups de pied dans le derrière, je la bannis de mon froc, je la flanque loin, très loin, au-delà des pôles, chez les Hyperboréens, aux antipodes de la revoyure, oust, du balai, face aux monades sonnantes et trébuchantes je dois être seul et épluché, débarrassé de mon stuc, sans lisière ni confins, débordant de partout, impérativement HORS DE MOI, la luxuriance des déserts ne se révèle qu’à ce prix, à bon entendeur, salut.

Sachez aussi qu’après un tel effeuillage c’est une gageure de la reprendre au facteur.



Puisqu’il n’échappe à personne que le mot « échapper » ne s’utilise plus de nos jours,
je doute que vos écarts, vos écartèlements ajouterai-je,
ne figurent nulle part dans le registre des identités. Aucune trace sur la neige.
Allons-donc ! C’est aisément élucidable…



#


Promenade

    Jouir de son reste, voilà un consensus fort intéressant. J’entends par reste l’exutoire d’où s’épanchent des torrents de glu, le Paraclet. Car si le fétichiste jouit de sa chaussure (ou de la chaussure d’autrui), ce n’est pas parce qu’il est cordonnier (les cordonniers sont les plus mal chaussés), mais parce qu’il fait corps avec son pied, le pied d’autrui. Faire corps pour ne pas perdre la tête, faire fi de l’absence de corps d’autrui puis rouler un patin au premier cor venu, voilà un clivage rondement mené.
    Ah, le pied de cochon du vendredi soir, avec du sel et des petits oignons, quel simulacre…



C’est le premier paragraphe, il redonne du fil à la rangée supérieure. 
Le professeur se sert de son pied droit pour administrer les voyelles, puis avec son pied gauche, 
il secoue le tapis à l’intérieur duquel gît une image, belle image, illustration d’une digestion parfaite.







#





Paru dans Niveau 8, recueil collectif, Ed La Poussière Dit, Octobre 2012
Prix de vente : 13 €
Contact : Julien Ferdinande (julien.ferdinande@hotmail.fr)



Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire